Par Dany Laferrière de l’Académie française
En effet un écrivain est né, il a 73 ans, et il s’appelle Carl-Henri Guiteau. Il fut, au cours d’une vie féconde, tour à tour journaliste, enseignant et diplomate. Son premier roman au titre évocateur, Les enfants du maquis, évoque une époque, pas si lointaine, où les adultes pleuraient souvent quand les enfants riaient parfois. Guiteau et moi, on s’est rencontrés au début de la vingtaine, au moment où les interrogations politiques prenaient le relais de nos angoisses existentielles. On se croisait chez des amis pour discuter de poésie, de cinéma ou de peinture, et c’est ainsi que se forme une génération. Ce jeune homme pondéré était fasciné par le peintre Jacques Gabriel qui menait une vie libre de toute contrainte. Son érudition, sa modernité (ses tableaux dépouillés si différents de la production locale) et son goût de la provocation ont fasciné Guiteau. Malgré tout, ce dernier s’est gardé de prendre un chemin trop indiqué, préférant rester immobile au centre de ces diverses propositions qui clignotent autour de lui, sans quitter son air dubitatif. Aujourd’hui un demi-siècle plus tard, il n’a pas changé d’un iota. Le temps lui a glissé dessus, comme la pluie sur le dos d’un canard.






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