La Direction départementale Nord du Ministère de l’Environnement, en partenariat avec le gouvernement taïwanais, a lancé les 24 et 25 octobre 2025 dernier,  une session de formation à Limonade autour du thème « Appui au développement local sensible au genre intégrant l’adaptation aux changements climatiques ». Une initiative saluée par les participants, mais qui donne l'occasion de s'interroger sur la continuité et l’impact réel de ces projets dans un contexte institutionnel souvent fragile.

Au Centre de Lecture et d’Animation culturelle (CLAC) de Limonade, plusieurs dizaines de jeunes, majoritairement des femmes, ont pris part, les 24 et 25 octobre, à une formation consacrée au développement local et à la résilience climatique. Une activité portée par la Direction départementale Nord du Ministère de l’Environnement (MDE), avec le soutien du gouvernement taïwanais, qui entend transformer des jeunes en des acteurs clés dans la lutte contre les effets du changement climatique.

Dans son allocution, Madame Émelyne Désiré, directrice départementale adjointe du MDE a mis en lumière la double urgence à laquelle Haïti fait face : « Il est indispensable que les jeunes, et particulièrement les femmes, soient outillés pour comprendre les enjeux climatiques et participer activement à la construction d’un développement résilient, inclusif et durable. »

Elle a également souligné la nécessité d’une coordination plus efficace entre les communes, les collectivités territoriales et les institutions de l’État : « Le changement climatique ne s’arrête pas aux frontières communales. Il est indispensable de bâtir des synergies entre tous les acteurs pour tirer parti des ressources et des savoir-faire disponibles. »

Le cadre de la Direction départementale du Nord, Valéry Mocombre a rappelé que la dégradation des terres et les précipitations intenses rendent la région particulièrement vulnérable. Selon lui, le projet s’étend sur cinq communes du département, avec une approche locale sensible au genre, visant à renforcer la participation des femmes dans la gestion environnementale.

Mais au-delà des discours, certains observateurs s’interrogent : ces formations, souvent limitées dans le temps, débouchent-elles sur des changements concrets ? Dans un pays où les politiques environnementales manquent de continuité, la question de la durabilité reste centrale.

Les participantes, elles, se disent transformées. « Cette formation m’a ouvert les yeux sur mon rôle comme femme dans la gestion de l’environnement », confie Monfiston Sneider, étudiante en aménagement du territoire. « Trop souvent, les femmes ne sont pas consultées dans les projets communautaires. Cette formation a brisé cette barrière », renchérit Louis Marie Sendia, jeune engagée dans le developpement communautaire. Pour Voltaire Islande, membre d’une organisation féminine locale, le déclic est immédiat : « Je vais créer un club de sensibilisation dans mon quartier pour éduquer les jeunes sur l’adaptation au changement climatique. »

Ces témoignages illustrent la portée éducative et motivante de l’initiative. Mais ils rappellent aussi la nécessité d’un accompagnement institutionnel durable, capable de transformer les apprentissages en actions concrètes sur le terrain.

Comme l’a souligné Madame Désiré dans une phrase qui résonne comme un avertissement : « L’environnement ne peut pas être protégé sans la participation active des femmes et des jeunes. Ce projet n’est pas simplement une activité ponctuelle, c’est un engagement à long terme pour un changement de comportement et une responsabilisation collective. »

Cette initiative marque une avancée louable dans la sensibilisation environnementale et la promotion de l’équité de genre. Cependant, elle s’inscrit dans un contexte où les projets environnementaux peinent souvent à dépasser le stade de la formation ponctuelle, faute de suivi et de budget durable.
Former des jeunes est essentiel, mais sans mécanismes de soutien, de financement local et d’intégration institutionnelle, ces efforts risquent de rester symboliques.

Le pari du MDE et de Taïwan est ambitieux : faire de la jeunesse un levier de changement climatique et social. Reste à savoir si cette flamme allumée à Limonade pourra survivre au temps, à la bureaucratie et au manque de continuité qui fragilisent trop souvent les meilleures initiatives en Haïti.