Aujourd’hui, j’ai relu Victor Hugo, ce veilleur des consciences, ce prince qui, par la seule force d’un vers, peut rallumer un peuple. Je me suis arrêté sur Chaque enfant qu’on enseigne, tiré des Quatre Vents de l’esprit, publié en 1881. Après m’être laissé traverser par ces lignes pleines d’aube et de gravité, j’ai fermé les yeux. Et soudain, Haïti s’est imposée à moi :  Haïti meurtrie, Haïti tremblante, Haïti qui attend encore qu’on lui rende ses enfants.

Ce texte, écrit après la visite d’un bagne, sonne aujourd’hui comme une cloche d’alarme. Quand je repense aux solutions prétendues, fabriquées à la hâte pour contenir l’insécurité qui étrangle nos rues, je vois bien que tout cela n’est que poudre jetée à la face du réel. Nous refusons la pensée. Nous refusons de nommer nos fautes. Nous avons façonné un monstre, puis nous nous étonnons qu’il dévore nos vies.