L’ère du clinquant et le renoncement à l’image
En Haïti, la transition de la pellicule au numérique au début des années 2000 nous a souvent été vendue comme une libération de créativité et de production cinématographique. La tagline sonnait comme une sorte de souffle démocratique qui permettait au créateur de s’emparer d’une caméra et raconter son monde. Avec le recul, et surtout en posant les yeux sur un objet comme Show Kola de Richard J. Arens et de Fritz-Gerald J. Emmy, on réalise que cette révolution a surtout ouvert les vannes d’un purgatoire esthétique où l’absence de la technique a fini par dévorer l’âme du récit. Sorti en 2008, ce long-métrage n’est pas simplement un mauvais film ; c’est le patient zéro d’une épidémie de vide cinématographique qui a frappé Haïti, une époque où l’on a confondu la brillance d’un capteur vidéo avec la lumière d’un véritable projet de mise en scène. Dans l’historiographie officiellement non écrite du cinéma haïtien on en a vu des naufrages, allant des séries B fauchées aux pâles copies de blockbusters décérébrés, mais s’il y a quelque chose de fascinant dans l’abîme que creuse Show Kola : c’est cette certitude absolue qu’il serait une comédie sophistiquée alors qu’il ne s’agit, au fond, que d’un spot publicitaire de quatre-vingt-dix minutes qui a oublié d’être du cinéma.






Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.