En 2021, alors que j'occupais le poste de conseiller en économie au secrétariat général de la Primature, poste que j'ai exercé de 2018 à 2022, l'ancien Premier ministre Claude Joseph m'invita à participer à un panel de trois économistes consacré à la question du taux de change. Mes deux collègues, tous deux brillants et respectés, défendirent avec conviction la thèse classique : la dépréciation de la gourde est le reflet de l'inflation, de l'expansion monétaire, du déficit commercial.

J'étais seul à tenir une position différente. Non par goût de la controverse, mais parce que les données m'y obligeaient. Ces fondamentaux fixent effectivement la tendance de long terme. Mais pour expliquer pourquoi le taux bouge aujourd'hui plutôt que demain, pourquoi il peut s'effondrer en un mois avant de se reprendre, pourquoi il reste stable pendant que l'inflation galope, il faut regarder à l'intérieur du marché lui-même : ses règles du jeu, ses acteurs, ses asymétries d'information. C'est ce que les économistes appellent la microstructure du marché.