Au tournant du XXe siècle, Haïti traversait une phase d'instabilité chronique. Comme le montra l'historien Sauveur Pierre Étienne dans “L'énigme haïtienne” (Presses de l'Université de Montréal, 2007), l'État haïtien, privé d'une armée professionnelle et d'une administration moderne, perdait progressivement la maîtrise de ses institutions. Guerre civile, anarchie, crise économique et pénétration croissante du capital financier américain dans des secteurs stratégiques — banque, chemins de fer, mines, exploitation forestière — conjuguées aux impératifs géopolitiques liés à la Première Guerre mondiale, fournirent à Washington les arguments de son intervention militaire. Selon Étienne, le corollaire Roosevelt de la doctrine Monroe, la diplomatie du dollar et l'influence grandissante des commerçants allemands en Haïti accélérèrent les préparatifs d'une action rapide. Les États-Unis occupèrent Haïti de 1915 à 1934 : durant cette période, la tradition des chefs de mission afro-américains s'interrompit.

Elle ne reprit que dans un contexte radicalement différent — celui de la guerre froide et de la dictature duvaliériste. D'après l'historien Wien Weibert Arthus, les présidents américains de l'époque soutinrent le régime ou adoptèrent à son égard une attitude de laisser-faire, la révolution cubaine de 1959 ayant ravivé la crainte d'un second Cuba dans la Caraïbe. C'est dans ce cadre que les trois Afro-Américains évoqués dans ce dernier article exercèrent leurs fonctions à Port-au-Prince. Avec l'arrivée au pouvoir de Jimmy Carter en 1977, les États-Unis engagèrent plusieurs initiatives destinées à réduire la répression duvaliériste et à promouvoir les droits humains — un infléchissement qui marqua directement la mission du troisième d'entre eux, William B. Jones.