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Opinions

Haïti à vendre : la République livrée aux marchands de pouvoir

PP
Professeur Pierre Josué Agénor Cadet E-mail :pijac02@yahoo.fr

March 5, 2026 · Lecture : 2 min

🇫🇷Lire en français
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On ne fait pas cela à un pays. Encore moins à un pays comme Haïti. La Nation qui, en 1804, a défié l’ordre du monde en proclamant la liberté et la dignité d’un peuple anciennement asservi, est aujourd’hui réduite à un spectacle affligeant. À force d’aveuglement, d’ambitions médiocres et d’arrangements douteux, une partie de nos élites a transformé l’État en une structure fragile, presque fictive, où l’improvisation tient lieu de gouvernance et où l’incompétence se pare du masque de l’expertise.

Le dernier gouvernement issu d’un prétendu accord politique dénommé maladroitement pacte national signé dans un parc illustre tragiquement cette dérive. Ce qui aurait dû être un moment solennel de refondation nationale s’est transformé en un arrangement politique improvisé, révélateur d’une culture de pouvoir où les postes se négocient plus qu’ils ne se méritent.

Depuis plusieurs années, les accords politiques se succèdent sans jamais reconstruire l’État. Ils servent surtout à répartir les positions, à satisfaire les intérêts de clans et à prolonger les privilèges d’une minorité d’acteurs politiques et d’affairistes. L’échec du gouvernement dirigé par l’ancien Premier ministre Ariel Henry et la confusion du Conseil présidentiel de transition auraient dû servir de leçon. Ils n’ont manifestement servi qu’à préparer un nouvel épisode de la même comédie politique.

300 × 250

Aujourd’hui, le pays semble administré comme un marché. On recycle d’anciens ministres dont l’inefficacité est déjà connue et l’on promeut de nouveaux responsables dont l’inexpérience inquiète. Les rares compétences ne suffisent pas à masquer l’impression d’un pouvoir bricolé à la hâte.

Plus grave encore, certaines confidences venues d’anciens cercles du pouvoir laissent entendre que les luttes actuelles pour le contrôle de l’État pourraient aussi servir à récompenser certains acteurs ou complices du système qui a conduit à l’assassinat du président Jovenel Moïse. Si cela s’avérait, la crise politique haïtienne ne serait pas seulement institutionnelle : elle serait profondément morale.

Mais le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Une partie de la société civile, de la classe politique et même de certains secteurs de la presse semble s’accommoder de cette dérive, parfois par opportunisme, parfois par calcul. L’intérêt national disparaît alors derrière la logique du plus offrant.

Ainsi, dans les coulisses du pouvoir, circule une formule cynique qui résume l’état de la République :

« ministères et directions générales à vendre ».

Voilà le drame.

Car un pays n’est pas une marchandise, un État n’est pas un butin et une nation ne se gouverne pas comme un marché.

Et si certains persistent à vendre la République morceau par morceau, l’histoire, elle, n’oubliera pas leurs noms.

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