L'inclusion financière digitale en Haïti est entravée par des verrous institutionnels, non technologiques. Il est impératif de réviser la Circulaire 121 sur les FSP : ce texte se focalise excessivement sur la clientèle au lieu d'imposer aux fournisseurs des obligations structurelles cruciales, telles que l'interopérabilité systématique et l'affiliation à au moins une banque commerciale. Parallèlement, la BRH doit privilégier la rigueur technique en lançant l'enquête FinScope 2 pour actualiser les données obsolètes depuis 2018. Ce diagnostic empirique est le préalable incontournable à l'élaboration d'une nouvelle Stratégie Nationale d'Inclusion Financière (SNIF) efficace. En définitive, la transformation du système exige une volonté politique de rupture avec les rentes de situation, au-delà de la seule innovation technologique.

1.1. Un socle technologique sous-exploité

Les données empiriques révèlent un paradoxe haïtien : un socle technologique présent mais sous-exploité. Avec une pénétration mobile de 58 %, l'usage des services financiers numériques reste marginal (23 % d'utilisateurs de portefeuilles électroniques), marqué par une fracture territoriale criante (91 % en milieu urbain contre 9 % en rural). Corrélativement, l'inclusion financière formelle stagne à 27 %, loin de la moyenne régionale de 55 % (Global Findex, 2021), attestant un découplage structurel entre adoption technologique et accès effectif aux services financiers.