La République d’Haïti connaît une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années qui est caractérisée par l’effondrement de l’État, la montée en puissance des gangs armés et une paralysie démocratique persistante dans le pays. Dans ce contexte, la mise en place d’une nouvelle force qui est connue sous le nom de « Force de Répression des Gangs (FRG) », autorisée par la Résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies, fait l’objet de notre analyse et suscite un débat fondamental : une intervention sécuritaire renforcée peut-elle compenser les déficits politiques et institutionnels structurels du pays ?
En effet, la situation sécuritaire en Haïti s’est profondément dégradée depuis la fin des années 2010, avec une intensification notable après 2021 surtout à l’accession au pouvoir du Premier Ministre Ariel Henry. De plus, les gangs armés contrôlent aujourd’hui une grande partie de la capitale et imposent leur autorité sur des quartiers entiers. Selon plusieurs rapports, jusqu’à 80 à 90 % de la Capitale est sous influence de groupes armés, qui exercent des fonctions quasi étatiques, notamment en matière de sécurité, de taxation et de contrôle des flux économiques du pays (Brussels : ICG, 2024). Cette dynamique correspond à ce que certains chercheurs qualifient d’« insurrection criminelle », dans laquelle des acteurs non étatiques concurrencent ou défient directement l’autorité publique (Robert Muggah et al, 2023). Dans une perspective inspirée de Thomas Hobbes, cette situation peut être interprétée comme un retour à l’« état de nature », caractérisé par l’absence d’autorité souveraine capable de garantir la sécurité dans la cité (Hobbes, 1651).
Cependant, les données disponibles montrent que la violence généralisée en Haïti a des conséquences humanitaires majeures, notamment des déplacements internes massifs, une augmentation des violences sexuelles et l'effondrement des services publics. En outre, des organisations internationales et nationales font état d'une augmentation significative des violations des droits de l’homme, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs. Il convient de noter qu'Haïti n'a pas organisé d'élections depuis 2016. Cette absence prolongée d'élections a entraîné une crise profonde de légitimité politique. Dans la perspective de Max Weber, l’autorité politique à l’ère contemporaine repose sur la reconnaissance de sa légitimité légale-rationnelle (Weber, 1922). Or, en Haïti, cette légitimité est aujourd’hui fortement contestée, fragilisant la capacité de l’État à gouverner efficacement le pays. L’absence des exercices électoraux et la faiblesse des institutions traduisent une rupture du contrat social, correspond au sens de Jean-Jacques Rousseau (Rousseau, 1762). Car, la souveraineté populaire ne s’exprime plus, laissant place à une fragmentation du pouvoir et à une montée de la violence.





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