Dans un pays marqué par une crise multidimensionnelle renforcée d’une situation de détresse sécuritaire, la communication gouvernementale ne devrait jamais être un exercice de décoration de la gouvernance publique. Elle devra plutôt être considérée comme un outil de clarté, de responsabilité et d’orientation citoyenne. Or, à observer la présence numérique de plusieurs membres du gouvernement actuel depuis leur prise de fonction, un malaise s’impose auprès de la population notamment pour ceux et celles qui ont une présence sur les plateformes numériques sociales (Facebook, X/Twitter, …): les publications se succèdent, les images de visites et de rencontres abondent, mais les décisions lisibles, les résultats vérifiables et les échéances concrètes restent souvent flous ou quasi inexistants. Le citoyen voit beaucoup, mais comprend peu. Or la mission prioritaire du gouvernement a été rappelée lors de son investiture : rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire notamment les zones contrôlées par les gangs armés et organiser des élections crédibles pour favoriser un retour à l’ordre démocratique.
Le problème n’est pas qu’un gouvernement communique sur les réseaux sociaux ou sur ses sites internet. Il est, d’ailleurs, fortement recommandé dans une démocratie moderne comme des canaux privilégiés pour atteindre la population en raison de la progression de leur usage numérique. L’enjeu surgit lorsque la communication numérique gouvernementale devient une fin en soi, ou lorsqu’elle sert d’abord à signaler l’existence des gouvernants au lieu d’expliquer l’action publique. Les références institutionnelles les plus sérieuses vont toutes dans le même sens. Par exemple en Estonie où le numérique occupe une place prépondérante dans les échanges avec les citoyens, la communication gouvernementale est explicitement définie comme une communication apolitique destinée à expliquer au public les objectifs, les décisions et les activités du gouvernement, à informer les citoyens de leurs droits et obligations, à donner des consignes en cas d’urgence et à mieux faire comprendre le fonctionnement de l’État.
Autrement dit, la bonne communication publique ne consiste pas à publier tout ce qu’un ministre, un secrétaire d’État ou un directeur général fait mais préférablement à mettre de l’avant ce que le public a besoin de savoir. Cette distinction est essentielle surtout dans un environnement fortement instable marqué par une progression sans précédente de l’insécurité provoquée par des gangs armés. D’autant plus, l’autorité publique demeure contestée sur des pans entiers du territoire particulièrement au niveau des départements de l’Ouest et de l’Artibonite (couplé à un horizon électoral au regard de la priorité gouvernementale, cela représente plus de la moitié de la population électorale – 54%).





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