L’éducation financière en Haïti traverse une crise silencieuse mais décisive. Conçue traditionnellement comme une diffusion d’informations, elle se heurte à ses limites structurelles : dans un contexte de précarité chronique, la rareté des ressources impose une « taxe cognitive » qui réduit la bande passante mentale, inhibe la planification à long terme et rend les ménages vulnérables aux promesses de gains rapides. Les données montrent que 58 % des ménages vivent sous tension budgétaire permanente, que seuls 2 % consultent des institutions formelles, et que les jeux de hasard captent une part croissante des budgets, notamment chez les jeunes. Cet article défend un changement de paradigme : passer d’une pédagogie descendante à une architecture des choix fondée sur l’économie comportementale. En mobilisant des nudges ciblés (options par défaut, rappels contextualisés, frictions positives, simplification institutionnelle et normes sociales descriptives), il est possible de transformer l’environnement décisionnel sans restreindre les libertés individuelles. Le nudge ne remplace pas les réformes structurelles, mais il en compense temporairement les défaillances cognitives, offrant un levier pragmatique, peu coûteux et scientifiquement validé pour refonder l’éducation financière en Haïti.
(Mots-clés : éducation financière, économie comportementale, nudge, rareté cognitive, jeux de hasard, Haïti, architecture des choix, inclusion financière)




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