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Opinions

La perdition : un phénomène remettant en question la théorie de l’infans conceptus

RG
Rodady Gustave Avocat à Le Prétoire Cabinet d’Avocats et au Barreau de Port-au-Prince

May 26, 2026 · Lecture : 2 min

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Femme réfugiée dans un camp
Femme réfugiée dans un camp
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À l’École du Barreau des Avocats de Port-au-Prince, Me Boniface Alexandre a évoqué la théorie de l’infans conceptus. Celle-ci constitue l’une des plus anciennes constructions juridiques admettant, de manière fictive, l’existence de la personne physique avant sa naissance. Elle reconnaît certains droits à l’enfant conçu, à condition qu’il naisse vivant et viable entre le 180e et le 300e  jour à compter de la date présumée de la conception. Présente depuis 1826 dans le Code civil français, cette théorie relative à la durée de la grossesse a été reprise dans le Code civil haïtien, notamment aux articles 295 et 296. Elle conditionne notamment certains effets juridiques liés à la filiation et à la paternité.

Les discussions autour de cette théorie s’inscrivent généralement dans une logique consistant à considérer ses fondements comme universellement admis. Pourtant, dans certaines représentations coutumières haïtiennes, le phénomène de la « perdition » semble remettre symboliquement en question la conception linéaire de la grossesse retenue par le droit positif et la médecine moderne. À travers cette perception culturelle, la grossesse peut être considérée comme suspendue ou interrompue temporairement avant de reprendre son évolution normale après une période plus ou moins longue.

Selon Obriant Damus, le phénomène de la perdition indique que, dans certaines croyances populaires haïtiennes, la grossesse ne s’inscrit pas nécessairement dans une temporalité strictement linéaire, mais plutôt dans une logique cyclique. Elle pourrait être « bloquée » soit par des causes naturelles, soit par l’intervention d’une personne ou d’un esprit surnaturel, avant de reprendre ultérieurement son cours jusqu’à la naissance de l’enfant. La perdition désigne ainsi la situation d’une femme qui paraissait visiblement enceinte mais dont la grossesse, pour des raisons perçues comme naturelles ou surnaturelles, ne s’est pas poursuivie normalement. Dans ces représentations coutumières, la femme concernée continue souvent d’être considérée comme enceinte jusqu’à l’accouchement, même après une longue période.

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Dans cette perspective, le droit coutumier peut contribuer à une réflexion décoloniale sur les savoirs juridiques hérités de la tradition romano-germanique, particulièrement du modèle français. Sans remettre en cause les acquis scientifiques de la médecine moderne, cette approche invite néanmoins à prendre en considération certaines représentations culturelles haïtiennes dans la compréhension sociale de la grossesse, de la maternité et de la filiation. Elle ouvre ainsi la voie à une réflexion plus large sur l’adaptation du droit haïtien aux réalités culturelles et sociales propres à la société haïtienne.

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