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Ernst Leandre (Papou) : De l’élève appliqué à la légende

IL
Islam Louis Etienne

May 27, 2026 · Lecture : 3 min

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Maestro Ernst Leandre
Maestro Ernst Leandre
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En 1964, Ernst Léandre, dit Papou, fit son entrée au sein de l’Orchestre Septentrional comme guitariste stagiaire. Sa mission était d’assister Jean Menuau, musicien accompli et administrateur du groupe. Au besoin, Papou le remplaçait sans défaillance, exécutant sa partition avec une précision qui lui valut rapidement le surnom de remplaçant de luxe.

Jean Menuau, maître pour lequel la guitare n’avait plus de secret, transmit à son jeune poulain la majeure partie des leçons difficiles. Papou, doté de qualités insoupçonnées et de possibilités inavouées, se révéla un perfectionniste.

L’expérience dura un peu plus de deux ans. Durant ce stage, Papou émerveilla ses maîtres par son application, sa discipline et son avenir prometteur. Il fut également suivi de près par le maestro Pierre-Louis, dont la connaissance approfondie des cordes enrichit encore son apprentissage.

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Ainsi, dès ses débuts, Papou se distingua comme un élève attentif et discipliné, prêt à devenir l’un des piliers de Septentrional.

La consécration de Papou : De stagiaire à musicien titulaire

En août 1966, lors de la première tournée de l’Orchestre Septentrional en Amérique du Nord, Papou ne fut pas laissé de côté. Pendant quatre mois de traversée triomphale, il donna toute la mesure de son talent et confirma les espoirs placés en lui.

Cette expérience fut si enrichissante qu’au retour, Jean Menuau décida de lui céder définitivement sa place de guitariste, après dix-huit années de service. Menuau se consacra désormais à l’administration et au bar du Feu-Vert Night Club, tandis que Papou devint musicien titulaire en décembre 1966.

Rapidement, il gagna la confiance de toutes les instances de l’Orchestre et devint un membre influent de formations emblématiques telles que Haïti Chérie et Haitiando, aux côtés de Thomas David, Robert Menuau, Mathieu Médard et Arlet Pierre. Il fut également maestro des Charmeurs du Cap, un groupe qui se passe de présentation.

Papou avait une seule lacune : il composait très peu. De lui, il ne nous reste que peu de souvenirs dans ce domaine. Pourtant, l’un de ses rares titres, « Pa kouté konsey », demeure comme un témoignage précieux de son passage créatif.

Mémoire et tragédie

Le magazine américain Rolling Stone publia un jour la liste des cent meilleurs guitaristes du monde. Si une institution semblable avait existé en Haïti, nul doute que Papou y aurait figuré, aux côtés de Jean Menuau, Variété, Ti Plume, Jhonny Frantz Toussaint, Marcarios Césaire, Dadou Pasquet, Belrice, Robert Martino, Jacky Ambroise et tant d’autres.

Sa compétence et sa performance méritent d’être saluées. Il marqua l’histoire de Septentrional, notamment avec le fameux carnaval « Nap bayo Papou », moment mémorable où son talent devint une fête populaire. 

Papou rentre dans la gallerie dans grands musiciens et des tenors qui ont marque la vie de Septent depuis sa création en juillet 1948 avec Jean Menuau et ce jusqu’aujourd’hui avec Kenel et Willy-Papou reste et demeure un échantillon représentatif de marque avec un doigté extraordinaire marié à une élégance qui déroute toute logique. 

Il est l’un des meilleurs musiciens de son epoque sérieux et responsable. Il avait l’estime de tout le monde, arrivait à l’heure dans les prestations comme dans les répétitions en plus, il était un rude travailleur. Après les séances de répétition, il travaillait chez lui pendant de longues heures pour trouver les accords appropriés à chaque nouvelle composition. Il était un professionnel et vivait uniquement de la musique.

Mais le 12 février 1978, la destinée prit un tournant tragique. L’autobus qui devait ramener l’Orchestre au Cap-Haïtien fit panache aux environs de la Ravine-à-Couleuvre. L’orchestre perdit toutes ses partitions, et l’on dénombra trois décès : Moléus Pierre un travailleur, Pierre Charles Jean-Pierre dit Pédro, jeune chanteur, et Ernst Léandre, Papou, guitariste expérimenté.

Quatorze années de service régulier et de premières mains s’achevèrent brutalement. Aujourd’hui encore, l’homme aux doigts magiques demeure dans la mémoire des mélomanes comme un mythe. Sa guitare, son style et son énergie continuent de vibrer dans l’imaginaire collectif, rappelant que certains artistes ne disparaissent jamais vraiment : ils deviennent des légendes.

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