Paru récemment à Port-au-Prince chez C3 Éditions, « Écrits à contre-courant au fil du temps (Haïti, 2007-2025) » rassemble 72 contributions autour d’un seul sujet : Haïti, ses multiples défis et les propositions pour les relever. Certains textes sont inédits ; la majorité, déjà publiée, demeurait peu accessible. On y trouve des articles scientifiques adressés aux collègues de même spécialité, et des textes de vulgarisation destinés à rendre compréhensibles, pour le non-spécialiste, des connaissances techniques. Sans être un livre d’histoire au sens strict, l’ouvrage recèle, par sa conception et sa chronologie, certains aspects des mémoires et de l’histoire vivante.

L’homme derrière les textes
Ricardo Seitenfus est professeur brésilien de relations internationales, spécialiste des organisations internationales — l’un de ses ouvrages sur le sujet en est à sa septième édition. Deux fonctions diplomatiques l’ont amené en Haïti : envoyé spécial du président Lula de 2004 à 2008, puis représentant de l’Organisation des États américains de 2009 à 2011. C’est dans ce second rôle qu’il est rappelé au Brésil en décembre 2010, après un entretien au journal suisse Le Temps où il dénonçait l’échec du modèle d’aide internationale. L’épisode est resté dans les mémoires. Il affirme considérer Haïti comme sa « deuxième patrie ».
Le recueil n’est pas composé uniquement de ses textes. On y trouve aussi des articles de journalistes et de spécialistes écrits en réponse à ses prises de position, clairement identifiés avec leurs auteurs. Parmi eux : « Un diplomate brésilien en Haïti a-t-il été renvoyé pour avoir critiqué l’ONU et les ONG ? », dans Le Huffington Post ; « La critique d’un initié sur ce qui s’est passé en Haïti », sur le site d'Al Jazeera... Les textes sans nom d’auteur sont tous de Seitenfus, y compris un inédit : « Les raisons de mon départ inopiné d’Haïti ».

Un survol de dix-huit ans
Le premier texte, publié en août 2007 dans la revue CJI/OEA, pose la question qui traverse tout le recueil : « Le maintien de la paix et les leçons haïtiennes : effondrement ou reconstruction de l’État ? ». Les crises électorales de 2010-2011 reviennent dans plusieurs contributions, dont « Hillary Clinton et le coup d’État électoral en Haïti », paru dans Common Dreams et CounterPunch en avril 2016, et « L’Histoire en 2004 », publié dans Le Nouvelliste en mai 2022. Des portraits d’acteurs politiques jalonnent aussi le recueil : René Préval qualifié de « florentin des Caraïbes », Edmond Mulet présenté comme « le proconsul ». Le dernier texte du recueil, publié dans Le Nouvelliste en novembre 2025, porte sur la qualification d'Haïti pour la Coupe du monde 2026 — signe que le regard de Seitenfus sur le pays ne se limite pas aux seuls tourments politiques.

Seitenfus note dans la présentation du livre que ses articles publiés dans Le Nouvelliste et dans la presse internationale étaient systématiquement écartés des revues de presse quotidiennes que les services de l’ONU adressaient aux ambassades et responsables onusiens en Haïti.