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Opinions

Triste bilan pour les forces de l'ordre dans l'Artibonite

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Ancy Dorélus

June 3, 2026 · Lecture : 4 min

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Policier à l'intérieur d'un véhicule blindé
Policier à l'intérieur d'un véhicule blindé
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Sur une période de neuf ans (2018-2026), environ 15 policiers ont été tués dans l’Artibonite par les membres du gang Gran grif retrace l’aggravation dramatique de l’insécurité dans cette région.

Dans un contexte d’insécurité où les attaques armées contre les forces de l’ordre se multiplient, le département de l'Artibonite se trouve aujourd'hui plongé dans une spirale de violence qui ébranle les fondements mêmes de la société. Au cœur de cette tourmente, le gang Gran grif dirigé par Luckson Élan s'est imposé comme une force destructrice dans le département, laissant derrière lui une traînée de désolation et un bilan particulièrement macabre. Sur une période de neuf années, pas moins de quinze agents des forces de l'ordre ont péri sous les balles de ce groupe criminel. Cette hécatombe parmi les protecteurs de la paix constitue un affront intolérable à l'autorité de l'État et un signal d'alarme quant à l'emprise grandissante du crime organisé sur le territoire national.

Le sinistre théâtre de cette violence prit son essor en janvier 2018, lorsqu'un agent de l'Unité Départementale de Maintien de l'Ordre (UDMO) succomba aux décharges d'armes à feu du gang Gran grif. Cet homicide marqua un tournant funeste, ouvrant une ère de terreur orchestrée par cette organisation criminelle. Quatre années s'écoulèrent, et le 20 août 2022, un autre membre des forces de l'ordre, Félix Elysée, affecté à l'Unité  Temporaire Antigang (UTAG), fut abattu par les mêmes malfaiteurs. L'incapacité manifeste des autorités à juguler cette montée de violence atteint un paroxysme le mercredi 25 janvier 2023 dans la commune de Liancourt. Ce jour-là, dans un événement rappelant l'horreur du "village-de-Dieu", six policiers de l'UDMO périrent sous les projectiles des ces assassins, qui tentèrent d’envahir le sous-commissariat de ladite commune[1]. La profanation des dépouilles de ces agents, documentée par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, témoigne de la barbarie insoutenable des assaillants. Un an plus tard, le 22 juillet 2025, quatre policiers supplémentaires de l'UDMO furent ajoutés à la sinistre comptabilité des victimes du gang Gran grif.

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Le déploiement des forces policières kényanes au sein du département avait suscité un espoir généralisé quant à l'éradication imminente du gang Gran grif. Cependant, le 25 mars, une embuscade tendue à un véhicule blindé en patrouille scella le destin du premier policier kényan, Samuel Tompoi  Kaetuai, tué lors de cette embuscade à Savien  au bas de Artibonite. Le corps de ce dernier fut subséquemment remis aux autorités haïtiennes par le gang Gran grif, les circonstances de cette restitution demeurent obscures. Plus tard, lors d'une autre intervention, un policier kényan fut mortellement atteint d'une balle à la tête, portant à deux le bilan des victimes kényanes face à ce groupe criminel. Ce vendredi 29 mai 2026, quatre vies furent fauchées par les membres du gang Gran grif, parmi lesquelles figuraient trois agents de l'UDMO et un éclaireur de la police nationale[2]. Des vidéos, largement diffusées sur les plateformes de médias sociaux, réalisées par les auteurs des exactions, exposent de manière choquante les dépouilles des victimes. Ces images, d'une profonde indignité, montrent des corps en uniforme soumis à des humiliations. L'identification des défunts est confirmée par leurs proches, des personnalités locales ainsi que des membres des forces de l'ordre.

Le gang Gran grif, par ses actions préméditées et sa cruauté délibérée, ne vise pas seulement à déstabiliser la région, mais semble vouloir éradiquer toute présence policière, créant ainsi un vide propice à l'expansion de ses activités illicites. Ce triste bilan de plus quinze (15) vies fauchées est le témoignage le plus éloquent de l'impunité et de la puissance de nuisance dont jouissent certains groupes armés dans le pays depuis plus cinq ans.

Face à cette menace persistante et à l'ampleur des pertes subies, il devient impératif de questionner l'efficacité des stratégies actuelles de lutte contre l'insécurité dans le pays. La résilience des forces de l'ordre est mise à rude épreuve, et la confiance des citoyens dans leur capacité à assurer la protection s'érode jour après jour. Le nom gang Gran grif  résonne désormais comme un symbole de la défaillance sécuritaire, et le chiffre de ces policiers tués, loin d'être une simple statistique, c’est le reflet d'une guerre asymétrique où les hommes en uniforme paient le plus lourd tribut. Il est temps d'une prise de conscience collective et d'une mobilisation accrue pour éradiquer ce fléau et rendre le pays sa quiétude perdue.

 

[1] Six policiers tués à Liancourt (Artibonite)

https://lenouvelliste.com/article/240307/six-policiers-tues-a-liancourt-artibonite

[2] Trois policiers spécialisés et un éclaireur abattus par le gang Gran grif de Savien

https://lenouvelliste.com/article/267826/trois-policiers-specialises-et-un-eclaireur-abattus-par-le-gang-gran-grif-de-savien

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