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Opinions

Le gouvernement cherche-t-il à contrôler ou à neutraliser le CEP ?

PJ
Pierre Josué Agénor Cadet

June 3, 2026 · Lecture : 3 min

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Membres du Conseil Electoral Provisoire
Membres du Conseil Electoral Provisoire
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La question des transitions politiques et celle des élections constituent, depuis plusieurs décennies, deux des plus grands défis de l’État haïtien. Entre 1986 et 2020, Haïti a connu près de quinze gouvernements de transition, alors qu'elle n'a pu organiser qu'un nombre limité de scrutins électoraux. Depuis plus d'une décennie, le pays traverse une longue période de panne électorale. Parallèlement, au cours des cinq dernières années, plusieurs gouvernements provisoires se sont succédé sans parvenir à remplir leur double mission : rétablir la sécurité et créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections crédibles.

Dans ce contexte déjà extrêmement fragile, les tensions qui se sont progressivement installées entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire (CEP) soulèvent une interrogation fondamentale : le pouvoir exécutif cherche-t-il à accompagner le CEP dans l'organisation des élections ou tente-t-il plutôt de le contrôler, voire de le neutraliser ?

Depuis l'arrivée du Conseil présidentiel de transition (CPT), dont les membres avaient eux-mêmes participé au processus de désignation des neuf conseillers électoraux, les relations entre l'exécutif et le CEP ont souvent été marquées par une certaine méfiance. Cette situation s'était notamment manifestée lorsque le CPT avait publié dans le journal officiel Le Moniteur un décret électoral sans même faire référence au CEP, pourtant institution directement concernée par son application.

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Les divisions internes qui avaient secoué le CPT autour de la question du maintien ou du renvoi du Premier ministre de facto semblaient également avoir atteint le Conseil électoral. Toutefois, après plusieurs mois de turbulences, les deux institutions donnaient l'impression d'avoir trouvé un terrain d'entente. Cette apparente réconciliation s'était traduite par l'annonce d'un calendrier électoral fixant le premier tour des élections au 30 août 2026.

Mais un premier coup de théâtre allait rapidement remettre en question cette harmonie fragile. Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, installé depuis le 7 février 2026, a multiplié les initiatives susceptibles de compliquer la mission du CEP. Parmi celles-ci figure notamment la nomination, par l'exécutif, d'un directeur exécutif également élevé au rang de directeur général par arrêté. Cette décision a été perçue par plusieurs observateurs comme une tentative d'accroître l'influence gouvernementale au sein de l'appareil électoral.

Plus préoccupante encore est l'adoption, lors du Conseil des ministres du 2 juin 2026, d'un nouveau décret électoral. Selon le CEP, ce texte comporte plusieurs dispositions contraires à la Constitution et empiète sur certaines de ses prérogatives. Cette divergence d'interprétation a ouvert une nouvelle phase de confrontation institutionnelle au moment même où le pays aurait besoin d'une coopération étroite entre les différentes structures de l'État.

L'organisation des élections constitue pourtant l'une des rares priorités nationales capables de rassembler les acteurs politiques autour d'un objectif commun. Dans un pays confronté simultanément à une crise sécuritaire, institutionnelle, économique et sociale, les querelles de pouvoir entre l'exécutif et le CEP risquent d'alimenter davantage l'incertitude et de retarder encore le retour à l'ordre constitutionnel.

La méfiance réciproque qui semble désormais caractériser les rapports entre ces deux institutions est préoccupante. Si le gouvernement cherche à exercer une influence excessive sur le CEP, il compromet l'indépendance indispensable à tout processus électoral crédible. Si, au contraire, il s'agit d'un simple conflit de compétences, celui-ci doit être rapidement résolu dans l'intérêt supérieur de la nation.

Une chose demeure certaine : le peuple haïtien attend depuis trop longtemps le rétablissement de la légitimité démocratique par les urnes. Toute initiative susceptible de fragiliser l'autonomie du CEP ou de retarder davantage le processus électoral ne peut qu'accroître la méfiance de la population envers les institutions publiques.

Plus que jamais, l'heure devrait être à la concertation, au respect des compétences de chacun et à la mise en place des conditions nécessaires à la réalisation d'élections libres, honnêtes et inclusives. Car au-delà des rivalités institutionnelles, c'est l'avenir démocratique d'Haïti qui est en jeu.

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