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Opinions

L’humiliation en vidéo : le sort des migrants haïtiens en République dominicaine

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Alceus Dilson, Communicologue, Juriste alceus.dilson@gmail.com

June 10, 2026 · Lecture : 3 min

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Une femme et son enfant embarqués par des agents de l'immigration dominicaine (archives)
Une femme et son enfant embarqués par des agents de l'immigration dominicaine (archives)
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Moreno et Morena sont des termes souvent entendus dans certains contenus circulant sur les réseaux sociaux en République dominicaine pour désigner, de manière directe ou indirecte, des personnes à la peau foncée, parfois assimilées aux migrants haïtiens. Dans ce contexte migratoire tendu, leur usage peut dépasser la simple description physique pour devenir un marqueur d’identification sociale, voire un outil de stigmatisation.

Depuis plusieurs années, les opérations migratoires menées en République dominicaine impliquant des ressortissants haïtiens sont souvent accompagnées de la diffusion d’images vidéo et photographiques sur les réseaux sociaux et parfois dans certains médias. Cette pratique soulève de sérieuses interrogations sur le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux des personnes concernées.

Dans plusieurs cas documentés, ces images montrent des hommes, des femmes et parfois des enfants dans des situations de grande vulnérabilité : arrestations, détentions provisoires ou expulsions. Certains apparaissent menottés, fatigués ou en détresse. Au-delà de l’application des lois migratoires, la médiatisation systématique de ces scènes donne parfois l’impression d’une exposition publique de la souffrance humaine, ce qui interroge sur la limite entre information et humiliation.

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À cela s’ajoute l’usage de certains termes populaires entendus dans des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, notamment « moreno » ou « morena ». En espagnol, ces mots désignent généralement une personne à la peau foncée. Toutefois, dans certains contextes sociaux marqués par des tensions migratoires, leur utilisation peut prendre une connotation réductrice ou servir à désigner indistinctement des personnes perçues comme étrangères ou haïtiennes sur la base de leur apparence physique. Ce glissement sémantique peut contribuer à renforcer des stéréotypes et à alimenter la stigmatisation.

D’un point de vue sociologique, plusieurs théories permettent d’éclairer ce phénomène. La théorie de la stigmatisation, notamment développée par Erving Goffman, explique comment un groupe peut être socialement dévalorisé par des représentations répétées qui finissent par réduire son identité à des traits négatifs. Dans ce cadre, la diffusion répétée d’images de migrants dans des situations humiliantes peut contribuer à leur marginalisation symbolique.

De même, la théorie de l’étiquetage social montre que lorsqu’un individu ou un groupe est constamment associé à une identité dévalorisante, cette perception tend à s’ancrer dans l’imaginaire collectif. Appliquée au cas des migrants haïtiens, cette dynamique peut renforcer des préjugés déjà existants et influencer les comportements sociaux à leur égard.

L’histoire mondiale offre de nombreux exemples où des populations ont été représentées de manière dégradante pour justifier leur exclusion ou leur traitement inégal. À l’ère des réseaux sociaux, la circulation rapide et massive de telles images peut amplifier ces effets et rendre plus difficile toute construction d’un regard équilibré et humain sur les migrants.

Il est important de préciser que défendre la dignité des migrants ne revient pas à remettre en cause le droit souverain des États à appliquer leurs politiques migratoires. Il s’agit plutôt de rappeler que toute action publique, y compris en matière d’expulsion, doit respecter des principes fondamentaux : dignité humaine, proportionnalité des interventions et absence de traitements humiliants ou dégradants.

Aucun peuple ne devrait être réduit à un spectacle. Les migrants haïtiens, comme tous les autres, restent avant tout des êtres humains dont les droits fondamentaux doivent être respectés, quelle que soit leur situation administrative. Dans un monde marqué par des mobilités croissantes, le respect de la dignité humaine doit demeurer une exigence universelle.

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