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Opinions

La visite du Secrétaire général des Nations unies en Haïti : entre solidarité internationale, souveraineté nationale et espérance collective

MJ
Me Jonel Dilhomme

June 17, 2026 · Lecture : 4 min

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Visite du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Palais national
Visite du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Palais national
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Dans la vie des nations, certaines visites officielles dépassent le cadre protocolaire pour revêtir une portée hautement symbolique. La visite en Haïti, le 16 juin 2026, du Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, intervient à un moment particulièrement sensible de l’histoire nationale. Alors que le pays traverse une crise multidimensionnelle marquée par l’insécurité, les fragilités institutionnelles, les difficultés économiques et les incertitudes politiques, cette présence constitue un message fort adressé au peuple haïtien : Haïti n’est pas seule. Au-delà des déclarations officielles, cette visite invite à une réflexion plus profonde sur les relations entre Haïti et les Nations unies, sur les enjeux de la coopération internationale et sur la responsabilité collective dans la construction d’un avenir plus stable.

A. Une visite à forte portée symbolique

En accueillant le Secrétaire général des Nations unies à l’aéroport international Toussaint Louverture, le Premier ministre, Son Excellence Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, a souligné l’importance particulière de cette visite pour les efforts visant à restaurer la sécurité, renforcer la stabilité institutionnelle et créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections démocratiques. Dans le contexte actuel, cette visite représente avant tout un geste de solidarité internationale. Elle témoigne de l’attention portée par la communauté internationale aux défis auxquels le peuple haïtien est confronté. Elle rappelle également qu’aucune crise nationale ne peut être totalement dissociée des enjeux régionaux et mondiaux.

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B. Haïti et les Nations unies : une relation historique à repenser

Les relations entre Haïti et les Nations unies s’inscrivent dans une histoire longue, marquée à la fois par des avancées, des difficultés et des enseignements importants. Au fil des décennies, l’Organisation des Nations unies a accompagné Haïti dans différents domaines :

a. le soutien institutionnel ;

b. l’assistance humanitaire ;

c. l’appui au développement ;

d. le renforcement de la gouvernance ;

e. la promotion des processus démocratiques.

Toutefois, l’expérience démontre qu’aucune intervention internationale ne peut produire des résultats durables sans une forte appropriation nationale. Le développement d’un pays ne peut être importé. Il doit être pensé, porté et consolidé par les institutions et les citoyens eux-mêmes.

C. Sécurité et souveraineté : deux exigences complémentaires

Dans les États fragiles, la question de la souveraineté est souvent perçue à travers le prisme exclusif de l’indépendance politique. Pourtant, la souveraineté moderne repose également sur une capacité effective à exercer les fonctions essentielles de l’État. Elle implique notamment :

a. le contrôle du territoire ;

b. la protection des citoyens ;

c. l’application de la loi ;

d. la fourniture des services publics ;

e. la coordination efficace des partenariats internationaux.

Dans cette perspective, le soutien international ne doit pas se substituer aux institutions nationales. Il doit contribuer à leur renforcement. Une coopération efficace est celle qui permet à un État de devenir progressivement plus autonome, plus résilient et plus capable d’assumer ses responsabilités.

D. Les élections : un moyen et non une fin

Le communiqué de la Primature souligne l’importance de créer un climat favorable à l’organisation d’élections démocratiques. Cette ambition est essentielle. Cependant, l’expérience enseigne qu’aucun processus électoral ne peut, à lui seul, résoudre les problèmes structurels d’un pays. Des élections crédibles nécessitent :

a. un environnement sécuritaire minimal ;

b. des institutions légitimes ;

c. une participation citoyenne effective ;

d. la confiance des acteurs politiques ;

e. le respect des règles démocratiques.

Les élections constituent un instrument de gouvernance. Elles ne peuvent produire leurs effets que si elles s’inscrivent dans une vision plus large de reconstruction institutionnelle.

E. Une responsabilité partagée

La communauté internationale a un rôle important à jouer. Mais la responsabilité de l’avenir d’Haïti appartient d’abord aux Haïtiens. Les institutions publiques, les collectivités territoriales, les universités, le secteur privé, la société civile et la diaspora doivent contribuer à la définition d’un projet collectif capable de dépasser les divisions. La paix durable ne se construit pas uniquement par des moyens sécuritaires. Elle se construit également par l’éducation, la justice, la création d’emplois, la confiance institutionnelle et la participation citoyenne.

En définitive, la visite du Secrétaire général des Nations unies constitue un signal d’attention, de solidarité et d’espérance. Mais elle doit également être perçue comme un appel à la responsabilité. L’histoire enseigne qu’aucune nation ne peut être reconstruite uniquement par l’aide extérieure. Les partenaires internationaux peuvent accompagner, soutenir et conseiller. Ils ne peuvent se substituer à la volonté collective d’un peuple. Aujourd’hui plus que jamais, Haïti a besoin d’un dialogue national sincère, d’institutions fortes et d’une vision partagée de son avenir. Car si la solidarité internationale est précieuse, le véritable moteur du changement demeure la capacité d’une nation à croire en elle-même et à mobiliser ses forces vives autour d’un projet commun. La visite d’António Guterres nous rappelle une vérité essentielle : tant qu’une nation conserve sa capacité à dialoguer, à espérer et à agir collectivement, aucun avenir n’est définitivement compromis.

Me Jonel Dilhomme, Av.

Chercheur en droit international et gouvernance globale

Ancien professeur à l’Université d’État d’Haïti

Membre du GRUCH

Jonel.dilhomme30@gmail.com

Références sélectives

  1. Charte des Nations unies, San Francisco, 1945.
  2. Organisation des Nations unies, Notre programme commun (Our Common Agenda), New York, 2021.
  3. Programme des Nations unies pour le développement, Rapport sur le développement humain, éditions récentes.
  4. Johan Galtung, Peace by Peaceful Means: Peace and Conflict, Development and Civilization, Sage Publications, 1996.
  5. John Paul Lederach, Building Peace: Sustainable Reconciliation in Divided Societies, United States Institute of Peace Press, 1997.

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