Dire le monde autrement

Le cinéma ne montre pas le monde ; il en déploie le double invisible. Lorsqu’au XXe siècle, les frères Lumière extirpèrent la lumière des ténèbres pour la projeter sur une toile blanche, ils étaient loin de se douter qu’ils venaient de réinventer le geste primordial de l’initiation, à savoir l’accès à la clarté après le séjour dans la chambre noire. De la caverne de Platon au cabinet de réflexion maçonnique, jusqu’au rituel contemporain de la salle obscure, le fil d’Ariane reste le même. Il s’agit d’une quête d’intelligibilité par le prisme du symbolisme. Entre la Franc-maçonnerie - ordre séculaire discret, du signe architectural et de la reconstruction intérieure - et le cinéma mondial, l’alliance, voire l’harmonisation dépasse la simple analogie structurelle. C’est une interpénétration esthétique, thématique et politique dont le centre névralgique, Hollywood, est devenu dans la durée à la fois le temple des illusions et le grand vulgarisateur des mystères.