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Opinions

N'oublions pas les enfants déplacés

Plus de 680 000 enfants déplacés en Haïti : l'école face à une crise silencieuse

BF
Blaise François Aridou Expert en ingénierie pédagogique Directeur Général de la Fondation PRODEV

June 26, 2026 · Lecture : 4 min

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Une activité du projet Lekol Katye
Une activité du projet Lekol Katye
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Lors d'une visite à l'école nationale Antoine Simon  de la localité  Vonvon à Torbeck, j'ai rencontré deux adolescentes de 13 et 14 ans, contraintes d'abandonner leur école pour fuir les violences des groupes armés de la capitale. Leur histoire n'est pas un cas isolé. Elle est celle de centaines de milliers d'enfants haïtiens pris en otage par une crise que l'école, seule, ne peut pas résoudre.

Darline  (prénom d’emprunt) est  en 5ème Année Fondamentale. Elle et quatre autres membres de sa familles sont entassées chez une tante dans la commune de Torbeck. Des conditions de vie très difficiles. Quand on rencontre cette demoiselle, on mesure concrètement ce que signifie le mot « déplacement », non pas comme statistique, mais comme réalité vécue, jour après jour, dans un quotidien marqué par l'insécurité, la promiscuité et l'incertitude.

Le directeur de l'école et les membres de la communauté rencontrés lors de cette visite ont rapidement attiré mon attention sur un phénomène qui dépasse la réalité : le nombre important d'enfants déplacés dans la zone est tel que les écoles ne peuvent plus absorber le flux. À cela s'ajoute la présence d'enfants en situation de handicap, pour qui les conditions d'accueil sont encore plus précaires. Selon les données les plus récentes de l’UNICEF et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1,3 million de personnes sont  déplacées à l'intérieur d'Haïti en 2025 en raison des violences armées et de l'insécurité dont  environ 680 000 enfants.

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Le sur-âge : un symptôme révélateur

Dans les salles de classe visitées, un constat s'impose à l'œil : de nombreux élèves ont 14 ou 15 ans alors qu'ils sont en 4ème ou 5ème Année Fondamentale. Ce phénomène de sur-âge est la trace visible d'une crise longtemps restée invisible. À force de perdre des jours de classe, de changer d'école ou de reprendre une année depuis le début, ces enfants accumulent un retard scolaire que les structures actuelles peinent à rattraper.

Ces élèves en sur-âge sont précisément ceux qui courent le risque le plus élevé d'abandon scolaire. Découragement, sentiment d'inadéquation avec leurs camarades plus jeunes, pression économique familiale : les facteurs qui poussent ces enfants à quitter l'école sont nombreux et se renforcent mutuellement.

LEKOL KATYE : une réponse de proximité

Face à cette urgence, la Fondation PRODEV, de concert avec ses partenaires, a mis en place le programme LEKOL KATYE,  littéralement, « l'école du quartier ». Ce dispositif communautaire  repose sur un principe simple : permettre aux enfants déplacés de continuer à apprendre là où ils se trouvent, dans leur environnement immédiat.

LEKOL KATYE comprend deux volets complémentaires. D'une part, des activités psychosociales conçues pour aider les enfants à surmonter les traumatismes liés au déplacement forcé. D'autre part, des cours de rattrapage organisés l'après-midi, dans un lieu choisi par les parents . Cela peur être n’importe quel espace, une cour, une salle partagée, pourvu qu’il soit sans danger pour les enfants. Ils se réunissent d'un enseignant et selon les principes de l'apprentissage accéléré, ils se focalisent sur l’apprentissage des langues, des mathématiques et des sciences.  À ce jour, environ 5 000 enfants ont bénéficié du programme. Ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des besoins identifiés.

Un appel urgent aux autorités

Cinq mille enfants accompagnés, c'est une victoire relative. Mais face à 680 000 enfants déplacés sur l'ensemble du territoire, l'effort d'une fondation et de ses partenaires ne peut suffire. Il appartient aux autorités haïtiennes, avec le soutien de la communauté internationale, de prendre des mesures concrètes et structurelles pour garantir à chaque enfant déplacé le droit à une scolarité digne. Nous attirons solennellement leur attention sur cette réalité et proposons les pistes suivantes parmi tant d’autres :

  • Mise en place de la double vacation dans les établissements qui ne la pratiquent pas encore, afin d'augmenter la capacité d'accueil sans construction de nouveaux bâtiments.
  • Élaboration de programmes allégés et accélérés permettant une remise à niveau rapide et adaptée aux enfants ayant subi des interruptions prolongées de scolarité.
  • Création de classes transitionnelles permettant à chaque enfant de rejoindre un groupe correspondant à son âge et non à sa dernière classe fréquentée, pour briser le cycle du sur-âge.
  • Dotation des établissements en mobilier scolaire additionnel pour accueillir dans des conditions acceptables les élèves supplémentaires.

Ces enfants n'ont pas choisi la violence. Ils n'ont pas choisi le déplacement. Ils n'ont pas choisi d'être en retard sur leurs camarades. Ce qu'ils demandent, ce à quoi ils ont droit  c'est simplement de pouvoir continuer à apprendre. Ne les oublions pas.

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