Hafrique : en écrivant ainsi le nom de l’horizon, le poète Fegg remet en cause la configuration ancienne, et forcément datée, de nombreux stéréotypes extravagants. Il fait voler en éclats cet assemblage informe de mythes. Il s’agit de les désassembler, de mettre en pièces ce qui est réitéré sans relâche et qui empêche de se projeter. Pour aller de l’avant, il est nécessaire de disjoindre ce qui n’est accouplé que par l’atonie qui paraît sur le visage de la défaite.

Cela ressemble au chaos, au tohu-bohu primordial. Frankétienne l’avait approchée, cette torsade puissante : c’est en se tenant au plus près du coeur de ces identités mouvantes que le poète peut s’arrêter, se tenir debout, à distance des gesticulations inconsidérées et écouter la parole qui frémit à l’intérieur. Fegg en est rasséréné, mais il offre à ses lecteurs en sous-titre, Œuvres complètes, comme si l’expérience des abysses était si intense qu’elle pourrait ne pas être renouvelée, voire tout simplement retrouvée. Le moment poétique peut devenir aussi celui de sa disparition, c’est là le risque.