Le récent titre de l’économiste et chroniqueur Thomas Lalime, « Combien d’Haïtiens sont prêts à élire Wilson Isidor à un poste électif en Haïti ? », agit comme un puissant révélateur d'une névrose nationale. En posant cette question, il ne fait pas seulement de la provocation journalistique ; il soulève le voile sur l’hypocrisie systémique d’une société en crise d’identité. Comment expliquer qu'un pays, si prompt à s'approprier les victoires de ses enfants à l'étranger, se montre si féroce lorsqu'il s'agit de leur accorder le droit de participer à sa reconstruction ?
Il y a là une double morale flagrante, un Janus identitaire qui frise le cynisme. Quand un Haïtien brille sur les terrains de football européens ou sur les scènes musicales mondiales, la fibre patriotique s'enflamme. On l'applaudit, on le revendique, on en fait un ambassadeur de notre fierté blessée. Mais que ce même Haïtien exprime la volonté de mettre ses compétences au service de l'État à travers un poste électif, et la machine à exclure se met en marche. Du jour au lendemain, le « frère de sang » devient l’« étranger », le « suspect », l’« outsider » jugé indigne de la gouvernance.
Ce rejet juridique et social contraste douloureusement avec la réalité sociologique de la diaspora. Pour avoir parcouru le monde et côtoyé ces communautés de l’extérieur, le constat est sans appel : la patrie se loge parfois avec plus de ferveur dans le tréfonds de l’exil que dans le sol natal. Des milliers de jeunes nés hors des frontières portent Haïti comme une blessure et une promesse. Ils parlent le créole, préservent l'identité culturelle avec une rigueur presque sacrée, et souffrent physiquement, quotidiennement, des images de chaos renvoyées par les médias internationaux. Leur amour pour le pays n'est pas abstrait ; il se traduit par des transferts économiques vitaux et un désir viscéral de retour.





Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.