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Opinions

Groupes de réflexion ou partis politiques : de quoi Haïti a-t-elle le plus besoin aujourd’hui ?

JD
Jonel Dilhomme

July 30, 2026 · Lecture : 4 min

🇫🇷Lire en français
Conference de presse d'un leader politique (image générée par IA)
Conference de presse d'un leader politique (image générée par IA)
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Une démocratie ne se construit pas uniquement autour des élections. Elle se construit d’abord autour des idées. Cependant, en Haïti, le débat politique semble souvent avoir inversé cet ordre. Les partis se multiplient, tandis que les idées structurantes demeurent rares. Plus de trois cents formations politiques coexistent, mais très peu disposent d’un véritable programme de gouvernement, d’une doctrine clairement définie ou d’une vision à long terme pour le pays. Cette réalité invite à une réflexion fondamentale : Haïti gagnerait-elle davantage à voir émerger des groupes de réflexion et des laboratoires d’idées plutôt que de nouveaux partis politiques dépourvus de vision stratégique ?

A. Penser avant de gouverner

Les grandes transformations politiques sont presque toujours précédées par une révolution des idées. Avant les réformes viennent les analyses. Avant les institutions viennent les concepts. Avant les décisions viennent les débats. Les groupes de réflexion (think tanks) remplissent précisément cette fonction. Ils produisent des connaissances, évaluent les politiques publiques, proposent des réformes et nourrissent le débat démocratique par des analyses fondées sur des données et des recherches.

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B. Une faiblesse intellectuelle du débat public

L’une des difficultés majeures du système politique haïtien réside dans la faible production d’idées. De nombreux partis disposent :

a. d’un leadership ;

b. d’un symbole ;

c. d’une ambition électorale.

Mais beaucoup ne disposent pas :

a. d’un programme économique crédible ;

b. d’une stratégie éducative ;

c. d’une vision de la transition énergétique ;

d. d’une doctrine de politique étrangère ;

e. d’un projet de transformation de l’État.

La compétition politique devient alors une compétition entre personnes plutôt qu’entre projets de société.

C. Les think tanks : des laboratoires de l’avenir

Dans les grandes démocraties, les laboratoires d’idées jouent un rôle essentiel. Ils contribuent notamment à :

a. produire des recherches indépendantes ;

b. anticiper les défis futurs ;

c. former les décideurs ;

d. élaborer des propositions de réforme ;

e. rapprocher les chercheurs des responsables publics.

Ils permettent ainsi d’élever le niveau du débat public.

D. Une nécessité pour les États fragiles

Les États fragiles ont davantage besoin d’intelligence collective que de fragmentation politique. Dans un contexte de ressources limitées, il est essentiel d’investir dans des institutions capables de produire des solutions plutôt que de multiplier des structures dont l’existence est parfois essentiellement électorale. Un laboratoire d’idées peut influencer durablement les politiques publiques, même sans participer directement aux élections. Son influence repose sur la qualité de ses analyses plutôt que sur le nombre de ses militants.

E. Compléter, et non remplacer, les partis politiques

Les groupes de réflexion ne doivent pas être perçus comme des substituts aux partis politiques. Ils en sont des compléments indispensables. Une démocratie saine repose sur un équilibre entre :

a. des universités qui produisent des connaissances ;

b. des think tanks qui transforment ces connaissances en propositions ;

c. des partis politiques qui traduisent ces propositions en projets de gouvernement ;

d. des institutions publiques qui les mettent en œuvre.

Lorsque l’un de ces maillons fait défaut, l’ensemble du système démocratique s’affaiblit.

F. Construire une culture de la prospective

Haïti gagnerait à voir émerger des centres de réflexion consacrés à :

a. la gouvernance publique ;

b. la prospective stratégique ;

c. l’intelligence artificielle ;

d. la sécurité ;

e. la transition énergétique ;

f. la diplomatie ;

g. le développement territorial ;

h. les politiques éducatives.

Ces espaces pourraient éclairer les choix des gouvernements successifs, indépendamment des alternances politiques, et contribuer à inscrire l’action publique dans une vision de long terme.

En définitive, Haïti n’a pas seulement besoin de nouveaux acteurs politiques. Elle a surtout besoin de nouvelles idées. Les partis politiques demeurent indispensables à la démocratie. Mais ils ne peuvent remplir pleinement leur mission sans une réflexion stratégique capable d’éclairer leurs choix et d’enrichir leurs programmes. L’avenir du pays dépendra autant de la qualité de ses laboratoires d’idées que de celle de ses institutions politiques. Car les nations qui réussissent ne sont pas seulement celles qui élisent des dirigeants ; ce sont celles qui investissent durablement dans la production de connaissances, la recherche et la prospective. Avant de gouverner un pays, il faut apprendre à penser son avenir. Et c’est précisément là que réside la véritable richesse des groupes de réflexion : ils transforment les idées d’aujourd’hui en politiques publiques de demain.

Me Jonel Dilhomme, Av.

Chercheur en droit international et gouvernance globale

Analyste de la prospective appliquée aux États fragiles et à l’avenir d’Haïti

Ancien professeur à l’Université d’État d’Haïti

Courriel : Jonel.dilhomme30@gmail.com

Références sélectives

James G. McGann, 2020 Global Go To Think Tank Index Report, Philadelphia, University of Pennsylvania, 2021.

Peter Drucker, Management: Tasks, Responsibilities, Practices, New York, Harper & Row, 1973.

Organisation de coopération et de développement économiques, Government at a Glance 2023, Paris, OCDE, 2023.

Banque mondiale, World Development Report 2017: Governance and the Law, Washington (D.C.), Banque mondiale, 2017.

Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, Reimagining Our Futures Toge

ther: A New Social Contract for Education, Paris, UNESCO, 2021.

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