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Opinions

Le crime du silence

IL
Islam Louis Etienne

August 3, 2026 · Lecture : 3 min

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Combat et prise de la Crête-à-Pierrot (gravure sur bois d'Auguste Raffet)
Combat et prise de la Crête-à-Pierrot (gravure sur bois d'Auguste Raffet)
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Le 18 novembre 1803, au cri de : « Grenadiers, à l'assaut! », l' armée indigène d'Haiti réalisait l'impossible : écraser les troupes d'élite de Napoléon Bonaparte et arracher par la force des baïonnettes, la première République noire, libre du monde. « Vertières » ne fut pas une simple escarmouche coloniale, mais l'acte de naissance de la liberté universelle, le jour où les droits de l'homme ont cessé d'être une théorie blanche pour devenir une réalité noire.

Pourtant, après plus de deux siècles d' indépendance, un constat amer s'impose : cette épopée gigantesque brille par son absence dans l'histoire universelle, reste ignorée des dictionnaires français et s'efface des tablettes des grandes institutions mondiales.

Ce vide n'est ni une maladresse, ni une ignorance fortuite. C'est une omission volontaire, un blocus mémoriel orchestré pour punir les esclaves d'avoir osé vaincre leurs maîtres et pour cacher au reste des opprimés le chemin de la liberté.

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Face à cette entreprise de falsification historique, le peuple haïtien ne doit plus se contenter de réclamer une place dans le livre des autres. Le temps de la complainte est résolu. À travers un diagnostic sans concession, on doit disséquer les mécanismes de ce silence complice. Il s'agit d'un appel à la souveraineté intellectuelle, une exhortation à écrire nos propres livres et à proclamer avec la ferveur des hommes libres, que « Vertières » n' attend pas la permission de l'occident pour entrer dans l'éternité.

L'anatomie d'un effacement

La science historique n'est pas neutre. L'absence de Vertières dans les manuels scolaires et les dictionnaires occidentaux est une omission structurelle et politique. Pour le monde colonial du XIXe siècle, le révolution haïtienne était tout simplement impensable. Accepter qu' une armée d' hommes et de femmes réduits en esclavage ait vaincu le fleuron de l'armée française briserait le dogme central de la supériorité raciale. Pour maintenir l'ordre colonial mondial, il fallait impérativement étouffer l'exemple haïtien.

Merci Dany!

Mentionner « Vertières » dans l'histoire universelle et dans les dictionnaires occidentaux, aurait validé le droit légitime des colonisés à l'insurrection armée. C' est cette profonde injustice que l'académicien Dany Laferrière est venu bousculer. En faisant entrer les réalités haïtiennes sous la coupole de l'Académie francaise, il a posé un acte de justice linguistique, un acte héroïque de grandeur et de memoire ; une réparation historique extraordinaire. Après plus de deux siècles d'indépendance, d' effacement et d' étouffement volontaire. Il a remis Haiti sur la carte du monde en l'imposant de manière directe et irréversible comme un miroir à la face du monde tout en rappelant que la langue française appartient aussi a ceux qui ont brisé leurs chaînes en s' en emportant.

Sur le plan des faits, « Vertières » n'est pas un simple combat local, mais un affrontement militaire majeur aux conséquences globales. L'armée indigène, sous le génie militaire de Jean-Jacques Dessalines, y infligea une défaite absolue au général Rochambeau, contraignant la plus grande puissance militaire de l'époque à capituler.

Dany Laferrière, comme un Héros, est aussi entré dans l'histoire universelle par la grande porte pour avoir donné à Haiti une indépendance intellectuelle et une visibilité planétaire.

Haiti a redessiné la carte du monde

Le revers historique subi par Napoléon Bonaparte l'obligea à abandonner définitivement ses ambitions impériales en Amérique du Nord. C'est la déroute française à Vertières qui provoquera la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803, doublant instantanément le territoire américain.

En devenant le premier État au monde à abolir l'esclavage, Haiti s' est érigée en phare des indépendances.

C'est cette même jeune République qui fournira plus tard des armes, des hommes et des fonds à Simon Bolivar pour libérer l'Amérique du Sud, changeant ainsi le cours de l'histoire universelle.

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VertièresIndépendance

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