“L’économiste Pierre-Marie Boisson propose un ajustement du taux de change à 160 gourdes “, tel est le titre d’un article de Gérard Junior Jeanty dans Le Nouvelliste du 10 aout 2026 qui sème le doute chez plus d’un. L’argument de base de l’écconomiste Boisson suppose qu’un ajustement soit favorable non seulement aux bénéficiaires des transferts mais aussi aux agriculteurs, aux exportateurs et à l’Etat (ibid). Ainsi on se demande si le développement peut continuer à miser sur les transferts des fonds de la diaspora des pays du sud. Est- ce un ballon d’essai pour une éventuelle hausse du taux de change ou s’agit-il d’une invitation à un débat public et honnête?Cet article nous interpelle à engager une confrontation honnête face à ce discours dépassé, au regard d’un changement de paradigmes en matière de Population et développement.En effet, dans les années 2000, le développement a été lié aux paradigmes de protection sociale comme un facteur clé et incontournable . C’est en ce moment-là que les transferts monétaires des migrantes et migrants ont été valorisés, bienqu’accompagnés de l’émigration , de telle sorte qu’on en vient à parler d’aide à la migration (Dewind et Kinley III,1988). Cette émigration faisait l’affaire de l’économie capitaliste d’alors , en promouvant les “Global inmigrants”. Cette approche fait désormais l’objet de discussions critiques concernant son efficacité contre la pauvreté et les inégalités (Oualid, 2017).
C’est aussi dans ce contexte que s’affrontent, de part et d’autre des “thèses” erronées de l’importance réelle des transferts de l’étranger. D’une part, il faut intégrer la perspective de l’actuelle administration américaine qui envisage une taxe supplémentaire de 3,6% sur ces transferts des immigrant-e-s. Elle considère ces envois de fonds comme une fuite monétaire nuisible à l’économie américaine et à la sécurité nationale. Cela viendrait alourdir des prélèvements déja élevés, souvent 6% de frais d’envoi auxquels s’ajoutent 1.50 de taxe perçue par l’Etat qui aurait alourdi davantage des prélèvements sur les transferts, soient 6% appliqués pour leur envoi ajoutés aux taxes de 1,50$ de la part de l’Etat haïtien.
Les premières impressions renvoient à l’installation et le renforcement d’une économie spéculative à la traine des importations et des “transferts”alors en butte à une chute. Ce, face aux menaces de déportations massives de milliers d’immigrants frappés de la fin de leur statut de TPS. Tout se joue dans le cadre d’une économie fortement dépendante des importations de l’étranger notamment des Etats Unis et de la République dominicaine. En effet, les transferts se limitent aux fonctions de subsistance des ménages tout en les forçant à dépenser davantage s’ils s’installent dans les mêmes habitudes de consommation. Le ménage qui sait se procurer d’un sac de riz de 20kg en recevant le transfert l’obtient de plus en plus à des coûts élevés en tenant compte des pratiques institutionnalisées de spéculation, des taxes exhorbitantes des douanes et du rançonnement des gangs armés à l’encontre des grands commerçants. Il y a le leurre de voir son revenu renforcé dans une spirale de spéculation et de dépendance de l’économie de l’importation préjudiciable à une économie inclusive.





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