La troisième et dernière journée de la Conférence sur la ville du Cap-Haïtien, organisée par le Centre d’Éducation et d’Interventions Sociales (CEIS), a été marquée, ce jeudi 13 août, par plusieurs interventions consacrées notamment au transport, à la mobilité urbaine, au développement métropolitain, au numérique et aux relations entre la ville et son port. Les travaux se sont déroulés au Complexe culturel des Retrouvailles, au Carénage.

Organisée autour du thème général « Le Cap-Haïtien entre crise sécuritaire et environnementale, explosion démographique, perspectives de développement régional et participation citoyenne », la conférence, tenue sur trois journées, a réuni des professionnels, universitaires, responsables institutionnels et acteurs de la société civile autour des principaux défis auxquels fait face la deuxième ville du pays.

La journée du 13 août a débuté par la prise de parole de l’ingénieur civil Hérold Pérard sur « Le transport à travers la ville du Cap-Haïtien : pour une nouvelle centralité urbaine ». Le sociologue et anthropologue Theuriet Direny s’est ensuite penché sur la mobilité urbaine et le transport en commun, avant une allocution de l’économiste Kesner Pharel, PDG du Groupe Croissance, consacrée aux défis et aux perspectives de la grande zone métropolitaine du Cap-Haïtien.


Les réflexions se sont poursuivies dans l’après-midi avec Kenrick Demesvar, coordonnateur et titulaire de la Chaire UNESCO en histoire et patrimoine de l’Université d’État d’Haïti, autour de la place du Cap-Haïtien à l’ère de la révolution cybernétique et numérique.


L’une des principales présentations de cette dernière journée a été celle du directeur général de l’Autorité portuaire nationale (APN), Jean Evens Charles, qui a abordé « Les relations complexes entre villes et port », en mettant l’accent sur la nécessité de construire une nouvelle alliance entre le port, la municipalité et les autres acteurs du développement du Cap-Haïtien.


Pour le directeur général de l’APN, le développement de la ville demeure historiquement indissociable de son infrastructure portuaire. « Le Cap-Haïtien est le deuxième pôle urbain du pays et le principal centre économique du grand Nord », a-t-il rappelé, estimant que la performance du port et celle de la ville sont étroitement liées.


Jean Evens Charles a cependant relevé plusieurs contraintes qui fragilisent cette relation. Il a notamment évoqué la rareté de l’espace disponible, la pression foncière et environnementale sur le littoral, l’occupation de certaines zones proches des installations portuaires ainsi que la congestion provoquée par la circulation des véhicules lourds.


À ces difficultés s’ajoute l’envasement progressif des infrastructures portuaires, alimenté notamment par les sédiments et les déchets acheminés vers le bassin par les ravines de la ville. Une situation qui, selon lui, exige une réponse dépassant les seules capacités de l’administration portuaire. « C’est un problème que le port ne peut résoudre seul, puisque son origine se trouve en amont, dans la ville elle-même », a-t-il souligné.


Le responsable de l’APN a ainsi défendu une approche de gouvernance partagée entre la municipalité et le port. Il a rappelé qu’un protocole d’entente entre l’APN et la mairie du Cap-Haïtien avait été conclu le 24 octobre 2024. Cette coopération doit notamment porter sur le transport et la circulation, l’aménagement et la gestion du littoral, la sécurité et la sûreté ainsi que les routes desservant les installations portuaires.


Dans cette perspective, l’APN prévoit plusieurs chantiers répartis à court, moyen et long terme. Pour les douze prochains mois, Jean Evens Charles propose notamment la mise en place d’un comité chargé de l’actualisation de l’accord Port-Mairie et la création d’une plateforme permanente de dialogue territorial réunissant institutions publiques, opérateurs portuaires, universités, secteur privé, organisations communautaires et jeunesse.


À moyen terme, l’administration portuaire entend poursuivre la modernisation de ses installations, notamment les quais, les équipements de manutention et les systèmes de suivi des marchandises. Le DG de l’APN a également plaidé pour la mise en œuvre d’un projet de dragage du chenal d’accès et du bassin d’évitage, sous le haut patronage du Premier ministre, afin de lutter contre l’envasement et de garantir la continuité de ce chantier malgré les changements administratifs.


Le plan présenté prévoit également un renforcement des actions environnementales et une meilleure articulation avec les programmes de gestion des déchets et de développement urbain. À plus long terme, l’APN souhaite faire de l’économie bleue un moteur de développement du grand Nord, en misant notamment sur le transport maritime, la pêche durable, le tourisme de croisière, les activités nautiques et la formation aux métiers de la mer.


La formation du capital humain constitue d’ailleurs l’un des huit chantiers présentés par Jean Evens Charles. L’objectif annoncé est de développer davantage les partenariats entre l’APN, les universités et les centres de formation professionnelle afin de renforcer les compétences dans les domaines de la logistique, de l’ingénierie portuaire, du transport maritime et de la sûreté.


Au-delà des infrastructures, le directeur général a insisté sur les retombées économiques du port pour le Cap-Haïtien et l’ensemble du grand Nord, à travers les emplois directs et indirects, les investissements et les possibilités d’exportation et de développement touristique.


En conclusion, Jean Evens Charles a appelé à une mobilisation collective autour de cette nouvelle vision des rapports entre le port et son environnement urbain. « Le port et la ville du Cap-Haïtien partagent un même territoire, une même histoire, et je crois profondément qu’ils partagent aussi un même avenir », a-t-il déclaré, souhaitant que l’infrastructure portuaire devienne davantage un levier de développement territorial durable.


Les différentes interventions et séances d’échanges de cette dernière journée ont ainsi clôturé trois jours de réflexions sur l’avenir du Cap-Haïtien. À travers les questions de mobilité, d’aménagement métropolitain, de transformation numérique et de coopération entre la ville et son port, les participants ont surtout mis en évidence la nécessité d’une meilleure coordination entre les institutions publiques, les collectivités territoriales, le secteur privé, les universités et la société civile pour répondre durablement aux défis de la ville.