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Les gangs vont-ils redessiner la carte électorale ?

GC
Gilbert Cicéron

August 26, 2026 · Lecture : 3 min

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Et si les « territoires perdus » devenaient aussi des territoires électoraux perdus ?

À moins de quatre mois des élections du 13 décembre 2026, une question dérangeante s’impose : l’État haïtien est-il en train de perdre, en plus du contrôle sécuritaire, sa capacité à garantir le fonctionnement de certaines parties du territoire ? Plusieurs communes du département de l’Ouest, notamment Fonds-Verrettes, Fond-Parisien, Ganthier, Thomazeau, Cornillon et Croix-des-Bouquets, sont encore privées de centres d’inscription d'électeurs. Si les institutions ne peuvent atteindre les citoyens, peut-on encore parler d’un processus électoral véritablement national ?

Le territoire perdu change de dimension

300 × 250

En 2023, Emmelie Prophète, alors ministre de la Justice et de la Sécurité publique par intérim, avait parlé de « territoires perdus » pour désigner des zones du territoire que l’État ne contrôlait plus. Aujourd’hui, le processus électoral donne à cette expression une dimension nouvelle. Un territoire n’est-il pas aussi perdu lorsque ses citoyens ne peuvent plus accéder normalement aux institutions qui garantissent leurs droits politiques ? La question mérite d’être posée avant que l’exception ne devienne une règle.

Le droit de vote ne doit pas s’arrêter à une barricade

Je suis originaire de Fonds-Verrettes. Je connais la réalité de ces communautés. Je refuse donc que leurs habitants deviennent des citoyens de seconde catégorie simplement parce qu’ils vivent dans des zones affectées par l’insécurité. L’inscription sur le registre électoral constitue la première étape du processus électoral. Si certains citoyens doivent affronter des obstacles sécuritaires majeurs pour s’inscrire, où est l’égalité devant le suffrage ? J’ai évoqué une population potentiellement concernée de plus de 474 000 habitants, chiffre qui devra être confronté aux données officielles.

Quand les gangs redessinent la carte électorale

Le CEP peut invoquer les contraintes sécuritaires. Mais une question demeure : si l’insécurité détermine les endroits où les bureaux d'inscription des électeurs peuvent s’installer, les groupes armés ne finissent-ils pas par déterminer indirectement où la démocratie peut s’exercer ? Une barricade qui empêche la circulation est déjà une atteinte à la liberté. Une barricade qui empêche l’État d’installer ses institutions électorales devient une menace pour la souveraineté populaire.

Le CEP ne peut pas agir seul

Je ne demande pas au CEP de reprendre les territoires contrôlés par les gangs. Ce n’est pas sa mission. Mais il doit expliquer aux citoyens concernés où et comment ils pourront s’inscrire et participer au scrutin. Le gouvernement et les institutions chargées de la sécurité doivent, eux aussi, assumer leurs responsabilités. Car si le CEP ne peut atteindre une commune à cause de l’insécurité, ce n’est pas seulement l’élection qui est en difficulté : c’est l’autorité de l’État qui est mise à l’épreuve.

Une démocratie à deux vitesses ?

Nous devons refuser une démocratie où le droit de vote dépend du lieu de résidence. Pourquoi un citoyen de Pétion-Ville pourrait-il participer facilement au processus électoral alors qu’un citoyen de Fonds-Verrettes devrait prendre des risques pour accomplir le même devoir civique ? L’insécurité ne peut devenir le nouveau critère d’accès à la citoyenneté. Sinon, nous aurons une République avec des citoyens pleinement intégrés au processus électoral et d’autres condamnés à regarder la démocratie depuis l’extérieur.

Ma candidature n’est pas le véritable enjeu

J’envisage de me présenter à la députation pour la circonscription de Fonds-Verrettes-Ganthier. Cette réalité pourrait donner à mon interpellation une dimension personnelle. Mais l’enjeu dépasse largement ma candidature. Ce qui est en jeu, c’est la voix des citoyens. Fonds-Verrettes, Ganthier, Thomazeau, Cornillon et Fond-Parisien appartiennent à la République. Leurs habitants ont le même droit que tous les autres Haïtiens de choisir leurs représentants.

Le véritable test du 13 décembre

Le 13 décembre, la question ne sera pas seulement de savoir si les urnes seront installées. Il faudra aussi demander qui sera réellement capable de participer au processus électoral. Une élection peut-elle être véritablement nationale si certaines populations restent en dehors du dispositif d’inscription ? Le véritable défi du CEP est donc de démontrer que la carte électorale correspond encore à la carte de la République. Car si nous avons déjà perdu des territoires au profit des gangs, nous ne devons pas accepter de perdre aussi, dans ces mêmes territoires, le droit des citoyens de faire entendre leur voix.

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