À Port-au-Prince, entre les cicatrices des crises sociopolitiques, les amas d’immondices présents çà et là à chaque coin de rue et le poids d’une incertitude existentielle permanente, la jeunesse haïtienne, de l’enfant qui découvre le monde à l’adulte en quête d’un exutoire, se trouve piégée dans une nasse où l’accès au loisir sain a été méthodiquement confisqué. Dans les entrailles de cette cité assoiffée de lumière, chercher un espace de répit, de sport ou de culture est devenu un parcours du combattant, une investigation aux frontières du péril.

L’offre récréative relève d’une fracture abyssale dans la prise en charge des différentes classes d’âge, faisant de la ville un désert structurel où la pauvreté des propositions le dispute à la marchandisation cynique. Pour les enfants, l’espace ludique est réduit à une portion incongrue de parcs publics (sécurisés ?) qui ne se comptent même pas sur les doigts d’une main, souvent bornés à l’état de friches délabrées où les toboggans rouillés cèdent la place aux herbes folles. Quant aux adolescents et aux jeunes adultes, l’alternative qui leur est socialement tolérée se résume trop souvent à une offre consumériste et nocturne, dictée par les clubs, les terrasses informelles et les soirées dansantes où l’alcool coule à flots, faute d’infrastructures alternatives telles que des maisons de jeunes, des bibliothèques ludiques ou des complexes omnisports accessibles à tous. Cette monoculture du divertissement commercial, qui restreint l’aspiration juvénile à une simple compensation nocturne, témoigne d’un manque criant de vision publique pour structurer l’épanouissement intellectuel, physique et artistique des nouvelles générations.