Avec War of the Worlds, Spielberg filme l’après-11-Septembre comme un cauchemar intime : celui d’un monde où l’héroïsme s’effondre, où la réalité devient monstrueuse et où l’image porte encore les traces d’une catastrophe collective.

Le cinéma, dans sa vocation la plus noble et la plus ontologique, n’a jamais été un simple instrument d’évasion hors du monde, mais plutôt un appareil de révélation de notre propre réalité. À travers l’objectif de la caméra, c’est le réel lui-même, dans ce qu’il a de plus charnel et de plus tragique, qui s’imprime et se dévoile. War of the Worlds (2005), de Steven Spielberg, est une œuvre monumentale qui s’affirme, avec une gravité foudroyante, comme l’un des plus grands films d’horreur modernes. Un blockbuster où Spielberg accomplit, une fois n’est pas coutume, une forme de piratage cinématographique en détournant la figure héroïque de Tom Cruise, le plus fascinant des égomaniaques à Hollywood, pour accoucher d’un cauchemar absolu. À travers une mise en scène qui déconstruit systématiquement les codes de l’héroïsme hollywoodien, War of the Worlds est aussi une œuvre avec laquelle Spielberg détourne sa propre mythologie pour capturer l’empreinte indélébile d’un traumatisme collectif vertigineux, lorsqu’il fait le choix intrépide de convoquer l’iconographie terrifiante des attentats du 11 septembre 2001.