L’élection constitue l’un des piliers de la démocratie. Les élus traduisent nos sentiments et nos désirs au sein des institutions démocratiques. Partant, ils doivent être légitimement mandatés à le faire. L’essence même de la démocratie et d’un Etat de droit s’évanouit quand la majorité des électeurs pour une raison ou une autre renoncent aux activités électorales, quand les citoyens se méfient des institutions démocratiques et quand le déroulement des élections se transforme en un spectacle chaotique et infernal. Face à cette dérive, un gouvernement éclairé devrait s’évertuer à redresser la barque et réparer les brèches. La norme prévalue en Haïti supporte unetendance autocratique qui terrasse les principes démocratiques. Et quand la méfiance des citoyens résulte de l’action ou de l’inaction du gouvernement -garant des valeurs républicaines et des lois du pays - on sait automatiquement que l’on patauge dans l’anarchie. Des groupes armés et des bandits peuvent s’arroger le droit de perturber des élections seulement dans les pays où l’autorité de l’Etat n’existe plus et où les structures institutionnelles sont complètement dilapidées. Le brouhaha électoral du 9 août reflète nos lacunes dans l’organisation des élections. Franchement, après 30 ans d’expérience, nous méritons mieux, et nous devrions faire mieux. La presse et les sites sociaux ont diffusé des images avilissantes qui ont dénoté notre défaite et nos faiblesses. Pourtant, le Président Martelly s’est félicité d’avoir organisé des élections législatives crédibles et satisfaisantes. Où est la reddition des comptes, un atout important à l’application des principes de bonne gouvernance? Grâce aux progrès technologiques, l’information atteint le monde en un clin d’œil, ce qui permet aux gouvernés de jauger l’honnêteté des dirigeants. Comment peut-on corriger les erreurs et organiser des élections acceptables si le gouvernement s’est souscrit sans réserve aux futilités électorales du 9 août? En caractérisant de satisfaisantes les élections législatives sans avoir accentué sur les échafauds, le gouvernement haïtien et la communauté internationale reconnaissent carrément que nous ne méritons pas mieux. Après avoir été l’un des acteurs de la débâcle électorale de 2010, Pierre-Louis Opont a été promu président du Conseil électoral provisoire. S’il travaillait pour une compagnie privée, deux mots expliqueraient son sort: démissionné ou limogé. Haïti, certes, est un pays où l’incompétence et l’échec sont glorifiés. Comment ne pas reconnaître qu’il y a eu des troubles électoraux? Quel est le rôle d’un Etat moderne et de ses agents? Comment peut-on parler du développement et de changement si tout va bien? On comprend pourquoi le PNUD a choisi d’imprimer les bulletins de vote à Dubaï au détriment des compagnies haïtiennes. En clair, cela explique, entre autres, les raisons de la pauvreté d’Haïti malgré sa position géographique (Haïti se trouve dans une zone pacifique et à moins de deux heures de vol des Etats-Unis). L’honnêteté fait partie de la gouvernance. Annuler, cependant, les elections législatives n’est pas une alternative rationnelle. Des raisons financières, néanmoins, nous commandent à les retenir. Cependant, la logique et le bon sens nous exigent de rectifier le tir là où les perturbations majeures ont été enregistrées. De ce fait, le gouvernement devrait remanier ou réorganiser la section administrative du conseil électoral. Face à l’échec du 9 août, la sagesse et les principes administratifs prescrivent ou l’élaboration d’un autre plan stratégique ou la révision profonde du plan actuel afin de gagner la confiance du public et de réorienter les prochaines élections vers une fin acceptable. Une nouvelle approche stratégique et innovante doit impliquer toutes les parties prenantes, incluant les membres du Conseil électoral provisoire, les partis politiques, les parlementaires en fonction, la police, la branche judiciaire, le secteur des affaires, le média, les observateurs internationaux et nationaux et les organisations civiles organisées. Les résultats des prochaines elections détermineront la direction que prendra Haïti. Les crises post-électorales peuvent engendrer une crise politique écrasante, paralyser les activités économiques et enrayer les maigres progrès déjà réalisés en Haïti. De vrais leaders soucieux devraient obéir au devoir d’évaluer en profondeur les évènements marquant la journée du 9 août 2015 afin de mettre en œuvre des mesures de prévention et de consolider les acquis. En conclusion, nous méritons mieux que les incendies, la destruction des bureaux de vote, les morts, la partialité, l’intolérance, l’incompétence, le totalitarisme, le banditisme, l’archaïsme et l’irresponsabilité. Nous pouvons faire mieux.