De Jean Claude D. CHERY Comme un éternel amoureux, je reviens à mon grand Amour Ayiti. C’est dimanche. Je me suis réveillé fort tôt. Je me suis fait du café, que j’ai dégusté en parcourant de mon regard de radar patriote le paysage incroyablement inquiétant de la situation socio-politique de mon pays. Et, en quelques secondes, je me suis dit qu’il fallait vous dire bonjour, même si vous êtes encore sous l’emprise de Morphée et de vos fatigues de la semaine écoulée, car le bonjour joue le rôle du premier pas vers la conscience des autres. … Vous pouvez dormir tranquilles. Ma parole vous parviendra plus tard : j’y veillerai, comme un messager de vocation. Mon petit billet prendra peut-être l’allure du plus grand fleuve navigable du monde, l’impensable Amazone qui se nourrit d’une kyrielle de rivières au nord de l’Amérique latine. En tout cas, je m’arrangerai pour endiguer le trop plein que je devine. Mon Amour pour Ayiti est plus que passion, il est Vérité et Lumière. Je choisirais AYITI même si mon île devait sombrer à toute vitesse dans l’abîme le plus tragique, le plus horrifiant. J’ai lié ma réussite à la sienne, et — Dieu merci —la plus grande certitude m’a permis de savoir que mon BOYO renaîtra dans le courage et dans le génie des missionnés. « Aux grands hommes les grandes tâches » Consacré à Tchiang Kai-Chek, l’architecte de la Chine nationaliste, un livre ouvert il y a trente-deux ans, à Taipeh, a illustré une importante réalité humaine : « Aux grands hommes les grandes tâches ! » A l’instar des Etoiles, il faut chercher les hommes pour les distinguer, et se rendre compte qu’ils existent — et qu’ils sont prêts à se transformer en constructeurs de l’avenir. L’énergie intense, la lucidité des Maîtres, la créativité des êtres séminemment passionnés et éclairés font la différence quand il s’agit de donner corps à l’espoir sinon aux rêves d’une nation ou d’un peuple. Si l’on vous posait la question : « Connaissez-vous tous les plus grands génies actuels d’Ayiti ? », je parie que vous seriez embarrassés. Toute l’Histoire montre que nous n’avons pas la capacité de dénombrer les savants, les civilisateurs, les architectes et les hommes d’État qui changeront le profil hideux et calamiteux du présent haïtien. Nous péchons souvent par excès d’académisme, d’intellectualisme ou de scientisme. L’ennui, c’est qu’il y a autant de philosophes que de sages qui manquent à notre réserve de lumière. Nous ignorons l’adresse de pas mal de trésors d’Afrique et d’Asie, voire de chez nous : des Princes de la sagesse plurimillénaire. Il se révèle, de temps en temps, que notre savoir — de même que notre savoir-faire — n’est pas soudé à l’humanisme, cette grande École qui inspire un peu de retenue dans nos jugements ou dans notre approche des problèmes les plus compliqués. D’où la tendance à élever la voix plutôt que le débat. Naturellement, les interlocuteurs humanistes nous paraissent fort insignifiants : ils passent pour ’’pas assez modernes’’, ‘’pas assez pragmatiques’’. Se konsa ! La vérité ne rate jamais son rendez-vous Mais, prenons patience ! L’heure de la vérité ne rate jamais son rendez-vous : elle finit toujours par sonner. Pas besoin de mettre sa main au feu pour exprimer sa certitude. Cette époque — un peu trop longue — est d’une particularité inénarrable : les porteurs et porteuses de certitudes connaissent beaucoup plus de misères que les autres… Toute une école de patience, aux classes interminables. Quand on est peu enclin à reconnaître les qualités, vertus ou capacités du vis-à-vis, on ne retient rien du tout de sa vision. C’est qu’on est confortablement esclave de son parcours culturel. Vive sa tour d’ivoire et son credo ! La Terre tourne, elle tremble, elle se fâche. Elle ne cesse de parler tout doucement aux hommes vrais, à ceux qui s’engagent entièrement, aux gardiens intraitables des valeurs cardinales qui donnent leurs lettres de noblesse à toute société digne de ce nom. Depuis 2010, notre terre s’est fait une idée de la manière dont elle doit s’y prendre pour réveiller le très faible pourcentage des élites qui nous restent (éventuellement 3 pour cent), si peu engagées dans le combat pour la lumière d’Ayiti. Une mouvance exceptionnellement fécondatrice Après des décennies de plaisanterie, de brigandage, de désordre et de faire-semblant, notre rendez-vous avec la Vérité et la Raison a toutes les chances d’être terrible. Une mouvance exceptionnellement fécondatrice — et pleinement fondatrice — naîtra dans l’âme d’une extraordinaire étoile haïtienne. Logiquement et puissamment, elle fera entrer dans la danse toutes les forces vives, longtemps en veilleuse pour je ne sais quelle raison. Et les mauvais temps auront changé pour de bon. Vous imaginez bien que ce ne sera pas un cadeau du ciel, mais plutôt le fruit du déterminisme historico-social. Un simple catalyseur fera le miracle, si on peut l’appeler ainsi. Dans les années 80, je répétais souvent que « j’ai rendez-vous avec un siècle tout neuf et des hommes nouveaux.» En août 2015, le siècle n’a pas encore changé. Le changement commence dans le cœur et dans l’âme Une chose est sûre pourtant : c’est d’abord dans le cœur et dans l’âme des « Maîtres de l’aube » que le siècle et les choses commencent à changer. Pour cette raison,je salue tous ceux qui se réveillent seulement maintenant, et qui cherchent, dans leur rêve, les soleils de demain. En vérité, les hommes de ma ville ne doivent pas attendre que notre terre tremble (jusqu’à 9 sur l’échelle de Richter), pour se parler avec toute la lumière intensifiée de la conscience éclairée. 8h 25 a.m./ 23 août 2015 Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN jccherysambo9@gmail.com