Jean Claude D. CHERY … Ah ! ces vérités que nous occultons, comme si nous pouvions les dissimuler parfaitement derrière les nuages que fabriquent nos mensonges. « Twou manti fon, nou kapab bare Rèn lakansyel byen bare, dèyè tout manti nou-yo. Ou pa kwè sa ? ». La vie a la tête dure, elle ne se laisse pas conter des histoires. To be or not to be: ‘’ou byen se sa, ou byen se pa sa.’’ On a une femme ou on ne l’a pas ; on a un mari ou on ne l’a pas ; on mène une vie de couple ou bien c’est une toute autre réalité. L’ordre Public existe, ou bien l’anarchie nous menace à tout bout de champ. Le processus démocratique est une réalité, ou bien c’est un leurre. Nous sommes en route vers la démocratie, ou bien nous nous moquons de ce système de gouvernement par mille et une ruses dans notre façon d’appréhender la chose politique. Nous agissons en apprentis-démocrates, ou bien nous trompons tout le monde et notre père sur nos intentions et nos vrais objectifs. Serions-nous capables de passer le test des vingt-et-une questions ? Nous croyons-nous vraiment en mesure d’organiser de véritables élections, sans nous sentir gênés, par la suite, par la conscience d’avoir tout fait pour tromper le peuple ainsi que cette ‘’méga‘’ entité on ne peut plus indéfinissable appelée ‘’communauté internationale’’ ? Comment pouvons-nous prétendre mettre en route un processus électoral sans nous interroger sur notre capacité à assumer l’ordre public à travers le pays ? Combien de partis politiques comptons-nous effectivement, si nous voulons être sérieux ? En fait, savons-nous ce qu’est en réalité un parti politique ? Devant l’image catastrophique des 192 formations/plates-formes/ partis ou ‘’particules’’ inscrits récemment au Conseil électoral provisoire avant la réduction du nombre à une centaine, ne comprendriez-vous pas qu’il faille nécessairement abroger ou ‘’rentrer’’ la dernière ‘’loi’’ à ce sujet, votée par des parlementaires de la quarante-neuvième législature ? (Il nous paraît très sensé que les ‘’concepteurs’’ de la future charte constitutionnelle prévoient un pourcentage de participation en-deçà duquel les élections ne seront plus considérées comme valables ou acceptables. Moins de 33 pour cent par exemple : l’abstention massive mériterait qu’on en tienne compte ; autrement, nous ne pouvons point parler de construction nationale). Respirons un peu… avant de continuer notre quête Une double interrogation pour une seule question : pourquoi le financement de nos élections doit-il être géré par un organisme international ? Cette gestion par l’étranger, ne représente-elle pas un puissant moyen de pression sur le CEP ? En République voisine, la Junte centrale électorale est souveraine et crédible, pourquoi ne pourrions- nous pas constituer un conseil électoral au-dessus de tout soupçon, sinon libre de toute influence et de l’exécutif et de la communauté internationale ? N’y- a-t-il pas des critères nécessaires à l’évaluation du statut de candidat, que nous avons toujours négligé d’inclure dans l’arsenal de cette instance éthico-juridico-électorale ? Le CEP, ne devrait-il pas être aussi habilité à mener ses propres enquêtes sur certains candidats à la candidature, lorsqu’il y a rumeur persistante quant à certains faits ou des fautes graves reprochés aux intéressés ? On sait que la conscience de très nombreux citoyens est sérieusement perturbée par des cas restés pendants devant la Justice, alors que les justiciables ont accédé à des postes électifs sans soulever la réprobation générale. Cherchons encore ensemble… Pouvons-nous aller voter tranquillement et en toute confiance, quand certains gros bonnets de la politique s’affichent, sans être inquiétés, comme ‘’un État dans l’État’’ ? Tant que la Police ne sera pas secondée par des Forces armées nationales haïtiennes, comment nous assurer que des brigands, patentés ou non, ne continueront à perturber les opérations électorales aux quatre coins de la République affaiblie ? Quand donc nous déciderons-nous à exécuter une exigence constitutionnelle qui veut que nous ayons une Armée comme premier symbole de défense et d’ordre du pays de Jean Jacques ? Qu’est-ce qui nous empêche de constituer déjà un état-major provisoire des forces de défense nationale ? Aurions-nous oublié que la Police ne peut exister sans l’Armée, et vice versa ? Et la question de la refondation de l’État ? …Pouvons-nous établir ou faire triompher un système démocratique viable et durable, sans que nous ayons d’abord refondé l’État ? Autrement dit, sans rhabiller d’une vigueur morale exceptionnellement exemplaire ‘’les principaux corps de la République’’ qu’on appelle «Institutions », c’est-à-dire ces entités ou ces organismes auxquels on reconnaît un crédit, une stabilité, un pouvoir, un rayonnement, une autonomie d’action. Les faiblesses dont on accuse maintes fois le Conseil électoral provisoire, ne sont-elles pas aussi - et surtout - imputables à l’inexistence de l’État depuis des décennies ? La société haïtienne, qui porte si mal son nom — nous ne sommes plus qu’un corps social archidégénérescent —, ne devrait-elle pas être préalablement instruite avant même la refondation de l’État d’Ayiti ? Et les citoyens ? Nous accusons un impensable déficit de citoyens, et nous voulons réaliser des opérations hautement civiques ou politiques. Comment obtenir des résultats dans ce cas ? Ni citoyens, ni adultes, ni instruits … Et puis …, que de ‘’candidats’’ qui ne sont ni citoyens ni adultes, ni responsables — humainement parlant —, ni instruits ni informés, ni formés ni cultivés! Avec de tels vides, comment constituer un Parlement ? N’y-aurait-il pas lieu de nous arrêter, de prendre le temps de nous interroger nous-mêmes sur le sens et l’essence de ces démarches politiques ? N’aurions-nous pas honte de continuer à faire semblant depuis tant de temps ? Il est vrai qu’il faut une claire conscience de sa condition ou de son état pour éprouver la honte. Je ne serais pas tout à fait un homme si je ne vous incitais à vous poser vous-mêmes toutes ces questions. Merci à chacun de vous d’avoir écouté un peu de la sourde colère de mon civisme passionné. Pardonnez-moi mon grand amour pour ma Patrie ! 4h31 p.m./ 23 août 2015 Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN jccherysambo9@gmail.com