Kern E. JEAN-FRANCOIS
La vie se passe en absence : on est toujours entre le souvenir, le regret et l’espérance.
Mme Du Deffand
Observons la nature. Octobre s’en va doucement. Dans sa dernière semaine, le temps est souvent nuageux et sombre, en prélude à l’approche de novembre, le triste novembre qui fera vite bientôt son apparition, apportant certainement avec lui ses langueurs infinies coupées de bourrasques profondes. En ce mois, l’une après l’autre, les dernières feuilles roussies par l’été flambant se sont détachées des branches des arbres, emportées par le vent. C’est l’époque où l’on peut suivre sur l’écran d’un ciel mat, la fuite éperdue de nos oiseaux.
Aussi, les jours deviennent gris et les crépuscules mornes et, sur la campagne atone et sans joie, les angélus du soir eux-mêmes font penser à des glas.
C’est le temps de l’automne. Époque de tristesse où les fleurs se font rares dans les parterres, où les folies diminuent dans les cœurs…
L’automne, mosaïque de couleurs aux multiples teintes, avec tout son cortège de tristesses fait penser à la mort. Le bruit lénitif de la pluie qui chante sur les toits, la chanson mystérieuseet monotone du vent qui pleure aux fenêtres ou gémit dans les arbres dépouillés ressemble à des plaintes et à des gémissements d’âmes disparues et oubliées.
Influencé peut-être par cette saison lugubre Guy de Maupassant, mélancolique intraitable, a écrit dans Sur l’eau : « tous les jours, les mois, les saisons, les années se ressemblent. A la même heure on déjeune, à la même heure on s’en va. Tout ceci de soixante-dix à quatre-vingts ans… » Ces paroles véridiques et irréfutables de l’éminent écrivain français nous interpellent tous et nous invitent à effectuer une halte en mesurant le chemin parcouru tout en méditant sur la fragilité caractérisant les choses humaines, la précarité de l’existence et la vanité des choses d’ici-bas. Elles sont en outre la preuve de cette vérité incontournable et déconcertante : la mort est un fléau universel.
Il meurt 50 millions de personnes par an dans le monde. Autrement dit, 137 000 par jour, 5 700 toutes les heures, une centaine toutes les minutes, ou plus de trois toutes les deux secondes. La mort n’épargne aucun foyer. Le roi et l’homme du peuple, le riche et le pauvre, l’homme et la femme - personne n’y échappe.
« Dans ce monde, il n’y a de sûr que la mort et les impôts », écrivit à un ami en 1789 le célèbre éditeur, inventeur et diplomate américain Benjamin Franklin. Il n’est pas le seul à avoir fait cette observation. Environ 2 800 ans auparavant, le sage Salomon, roi d’Israël, avait déclaré : « les vivants (…) se rendent compte qu’ils mourront. » Lui-même ne faisait d’ailleurs que confirmer ce que le tout premier humain s’était entendu dire quelque 3 000 ans plus tôt, savoir : « tu es poussière et tu retourneras à la poussière. »
Bien qu’on la sache inéluctable depuis le début de l’histoire humaine, la mort engendre toujours une détresse profonde. On a dit à juste raison que le désir de tout homme est de vivre, non de mourir. Nous nouons avec les membres de notre famille et avec nos amis des liens étroits que nous voudrions éternels. Hélas ! À mesure que les années passent, la mort vient briser ces liens un par un, nous enlevant nos grands-parents, nos parents, nos amis.
« Les centenaires dépassant 113 ans sont plus que rares. Et la plus importante longévité humaine dont nous soyons certains ne dépasse pas les 120 ans », déclare le livre Guinness des records. Par conséquent, aucune personne actuellement en vie n’a été témoin des naissances de Winston Churchill (1874) ou de Mohandas Gandhi (1869), de la vente de l’Alaska aux Etats-Unis par la Russie en 1867 ou de l’assassinat d’Abraham Lincoln en 1865 – sans parler de tous les évènements historiques qui les ont précédés.
De fait, en dépit des découvertes de la science et de la médecine, l’espérance de vie n’a pas augmenté depuis que Moïse a écrit voilà des milliers d’années : « les jours de nos années sont de soixante-dix ans ; et si, grâce à une force particulière, ils sont de quatre-vingts ans, cependant, ce dont ils sont avides n’est que tourments et choses nuisibles ; car cela doit passer vite, et nous nous envolons. » Il s’agissait là d’une moyenne. Moïse lui-même a vécu 120 ans.
Bien que notre existence soit parsemée de tourments, la perte d’un proche cause un chagrin et une douleur sans équivalent. Il est fréquent qu’elle affecte la santé des personnes endeuillées, au point même de les faire tomber malades et de hâter leur mort. La disparition d’un membre de la famille, quel qu’il soit, provoque un immense sentiment de vide. Comme l’a dit un jour un psychiatre, « quand votre père ou votre mère meurt, vous perdez votre passé. Quand votre enfant meurt, vous perdez votre avenir ».
a) Rites et coutumes funéraires dans certains pays du globe
Les coutumes funéraires varient considérablement selon les pays et les cultures. Il faut également compter avec les procédures administratives. Toutefois, le facteur déterminant entre tous est généralement les croyances religieuses de la famille et de la communauté. « L’étude des rites et coutumes mortuaires révèle une relation frappante entre la croyance religieuse et les usages populaires en présence des morts », lit-on dans la Nouvelle Encyclopédie britannique.
Voyez comment se déroulent des funérailles hindoues en Inde. On apprête le corps pour la crémation conformément aux rites de la secte. On arrose le sol d’ « eau sainte », de préférence puisée dans le Gange, puis un drap blanc est étendu sur cette aire, et le corps est allongé dessus. On brûle de l’encens parfumé dans le but d’attirer des esprits purs. Une pâte au santal et une poudre rouge sont appliquées sur le visage du mort. On baigne ensuite le corps avant de le recouvrir d’un drap blanc que l’on parsème de fleurs. Puis la dépouille, tête en avant, est portée sur une civière en bambou jusqu’au ghât (palier de crémation). Là, on fait opérer un demi-tour à la civière pour que le mort se retrouve les pieds en avant, dirigés vers le bûcher, ce qui symbolise le fait qu’il contemple sa vie future. Son fils aîné met alors le feu au bûcher ; c’est le seul moyen, croit-on, pour que l’ « âme» du défunt trouve la paix. Après la crémation, on recueille les cendres, qui seront répandues sur l’un des fleuves sacrés de l’Inde.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la coutume veut que les membres de la famille restent à proximité du mort, qu’ils l’embrassent, qu’ils pleurent sur lui, qu’ils fassent des promesses et implorent le pardon pour les péchés commis contre lui. Les lamentations sont intenses, et les chants funèbres ajoutent à l’affliction. Il est également de tradition d’organiser au moins deux grands festins quelque temps après le décès afin d’honorer l’« esprit » du défunt et d’éviter tout châtiment de sa part.
En Afrique, les traditions et pratiques funéraires sont imprégnées de la croyance à l’immortalité de l’âme. On cherche à apaiser les morts de peur qu’ils ne fassent du mal aux membres de la famille. A cet effet, on dépense beaucoup d’argent et on offre de nombreux sacrifices pour s’attirer la faveur du défunt. Beaucoup croient à la réincarnation ; ils pensent que le défunt revivra sous la forme d’un animal sacré ou sous les traits d’un autre membre de la famille dont la naissance est attendue. « Ainsi, explique-t-on au Nigeria, lors de la préparation du corps, on veille attentivement à la moindre chose. On croit par exemple que si la main du mort n’est pas placée bien droite dans le cercueil, la personne (ou l’animal) en qui il se réincarnera souffrira d’une malformation congénitale. Un mort qui n’est pas habillé comme il convient est présumé se réincarner en fou. » Les rites funéraires africains sont souvent dictés par la crainte des morts et le pouvoir qu’ils sont censés exercer sur les vivants.
Dans la campagne grecque, les obsèques donnent souvent lieu, là aussi, à des cérémonies longues et élaborées. « Pendant les cinq ans qui suivent le décès, les femmes de la famille préparent et accomplissent quantité de services funèbres, apprend-on dans la revue Science. Le deuil confère aux femmes, aux mères et aux filles des morts un rôle caractéristique. Elles se rendent chaque soir sur la tombe pour y allumer des cierges, nettoyer la pierre tombale, parler au défunt, chanter des lamentations et pleurer. La réalisation parfaite de ces rites est censée aider l’âme de leur cher disparu à aller au ciel ». Finalement les ossements du défunt sont exhumés et déposés dans le caveau commun du village.
Au Japon, la plupart des funérailles se déroulent selon les rites bouddhiques. Une fois lavé et habillé, le mort est recouvert d’un drap blanc, et un couteau est posé sur sa poitrine pour écarter les esprits méchants. Tandis qu’on allume des cierges et qu’on fait brûler de l’encens, un prêtre récite des sûtras (passages du canon bouddhique) à côté du lit et donne au défunt un nom bouddhique posthume. Pour ce nom, la famille verse une importante somme d’argent définie en fonction du nombre de caractères utilisés. La dépouille est ensuite placée dans un cercueil de bois non peint et elle est veillée toute ou une partie de la nuit. Au cours de cette veillée, on pleure le mort et on prie pour le repos de son âme. Pendant que le prêtre récite les sûtras, les proches du mort brûlent à tour de rôle une pincée d’encens. Le lendemain, au cours du service funèbre, on renouvelle ces rites devant un autel sur lequel ont été placés le cercueil, un portrait du défunt et d’autres objets bouddhiques. On procède ensuite à la crémation, requise par la loi. Pendant encore quelque temps, on fait brûler régulièrement de l’encens et un prêtre récite des sûtras, jusqu’à ce que l’on estime que l’âme ne peut plus intervenir dans les affaires humaines et qu’elle s’est fondue dans l’âme ancestrale de la nature universelle.
b) Rites et coutumes funéraires en Haïti
La tradition est une force. Elle nous happe à tous les moments de notre existence moderne. Les coups de hache des croyants par le biais de la prédication de l’évangile ont cru la démolir, mais elle est demeurée en nous comme l’atavisme dont nous portons la marque.
Il n’existe pas de peuple sans civilisation, pas de peuple sans culture. Autant de peuples, autant de civilisations, autant de cultures, dit-on. Haïti, pays de la Caraïbe, baigné par une mer plus bleue que la Méditerranée prolonge magnifiquement dans l’histoire l’Afrique dans toutes ses dimensions.
Conformément aux mœurs et coutumes émanant de ce continent lointain, les Haïtiens dans leur grande majorité pratiquent encore avec ardeur le culte des morts et aussi le culte des aïeux.
Voilà pourquoi traditionnellement la fête des Morts revient, chaque année, avec les mêmes mystères. Elle apporte, chaque année, les mêmes déboires. Que n’ajouterait-on les mêmes sanctifications et superstitions.
Depuis le 1er novembre, fête de la Toussaint, les gens, en sortant des offices de l’église se rendent au cimetière. On va alors s’arrêter devant les tombes des chers disparus pour les orner de fleurs, y allumer des bougies ou des cierges, réciter le chapelet ou d’autres prières, chacun suivant les coutumes de sa religion.
Les cimetières, les premiers jours de ce mois, sont aussi encombrés de visiteurs qui viennent méditer et prier. Certaines personnes pleurent. D’autres s’adressent aux morts comme s’ils étaient encore vivants pour leur dire qu’ils les aiment, qu’ils pensent à eux et aussi pour leur demander de les aider à supporter certaines épreuves de la vie.
Certains feront offrir ou chanter des messes durant tout ce mois pour le soulagement ou la délivrance des âmes du purgatoire, ce que n’enseigne et n’encourage nullement la Bible.
Fête des Morts : Sanctifications et superstitions.
Son de l’orgue, glas funèbre : quelles serres ! Le dies irae nous tient trop en haleine. Les ornements noirs ‘’ donnent de la chair de poule’’. L’art lui-même tremble de cette obscurité qui assombrit les âmes. L’art se sentirait trop froid : les pleurs versés le jour de la fête des Morts sont réellement des pleurs. Ils viennent du plus profond de l’être.
Sanctifications et superstitions se mêlent. On se croit parfois, et en certains endroits, en plein paganisme.
Voyons maintenant comment se déroulent les funérailles dans les campagnes haïtiennes. Au moment de la veillée, le mort est couché sur son lit recouvert d’un drap blanc. Pendant toute la nuit on mange, on chante, on prie et on consomme du tafia. Le jour des obsèques sur tout le parcours on chante et les porteurs du cercueil, des hommes aux bras vigoureux, prêts à en venir aux mains pour ne pas rater leur tour, dansent tout en sirotant un air du terroir. Somme toute, pendant quelques jours on organise les ‘’dernières prières ou les derniers devoirs’’ pour être sûr que le défunt ne fera pas de mal à ses parents proches.
Conclusion
Pour conclure ce sujet, des questions pertinentes s’imposent : Avez-vous perdu un être aimé ? Le pleurez-vous encore ? Que devez-vous faire pour surmonter votre chagrin ? Que devient-on quand on meurt ? Existe-t-il un espoir pour les morts ? Si oui, lequel ? On conviendra avec nous que pour trouver les réponses satisfaisantes à ces interrogations nous devons nous référer à la parole divine de vérité. Il n’est pas rare d’entendre dire que la mort est un phénomène naturel ou normal. Ce n’est toutefois pas ce qu’enseigne le récit biblique. La mort est en fait une ennemie qui découle du péché.’ Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort s’est étendue à tous les hommes parce que tous avaient péché’, déclare la Bible en Romain 5 :12
La mort n’entrant pas dans son dessein relatif à l’humanité, Dieu, par amour, a pris des dispositions pour l’éliminer. En permettant que son fils meure pour nous, il a pourvu à une rançon correspondante pour annuler la peine de mort. Il a également fait la promesse d’un paradis terrestre et d’un gouvernement entièrement nouveau qui dirigera l’humanité. Ce gouvernement annihilera les effets du péché et de la mort. La Bible dit en Révélation 21 : 3, 4 Dieu lui-même sera avec eux. Et ils seront ses peuples. Et il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; ni deuil, ni cri, ni douleur ne seront plus. Les choses anciennes ont disparu’ Mais qu’en est-il de ceux qui sont déjà morts?
Pour eux existe l’espérance de la résurrection, la perspective de revivre comme humains sur la terre transformée en Paradis, avec un corps et un esprit parfaitement sains. Oui, ‘ l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux commémoratifs entendront sa voix et sortiront’’. Jésus-Christ, celui que Dieu a envoyé pour racheter l’humanité, nous donne cette assurance ; ‘’ Ceci est la volonté de mon père : que quiconque voit le Fils et exerce la foi en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.’
Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent, a écrit notre bien-aimé frère Paul aux chrétiens de Rome. A tous ceux qui pleurent un être aimé, avec le cœur endolori et une tristesse mouillée de larmes nous disons : courage. En attendant la concrétisation matérielle de cette espérance de la résurrection, c’est-à-dire le jour où elle se réalisera, qu’ils se laissent consoler, gâter et cajoler douillettement blottis dans les bras de Jésus, l’humble galiléen, étant pleinement convaincus de ceci : nos amis chers n'ont pas leurs places dans les cimetières.
Kern E. JEAN-FRANCOIS
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