Ginette Chérubin Le désenchantement avait suivi le jour d’allégresses du 25 octobre. Dès le lendemain, une avalanche d’accusations s’était mise à pleuvoir sur le CEP et le personnel mobilisé pour la réalisation du scrutin. Depuis, j’essaie de comprendre ce qui a bien pu se passer. Difficile de trouver la clé de l’énigme en dépit d’une certaine connaissance acquise du système électoral suite à la suite de mon passage au CEP et à mes réflexions exposées dans « Le ventre pourri de la bête ». Toutefois, au regard des argumentations brandies, deux remarques avancées lors de mes échanges avec d’autres compatriotes également préoccupés par la conjoncture politique ont provoqué un déclic dans mon esprit. La première remarque est une hypothèse évoquée par un éducateur et militant politique bien connu. Il avance que la farce électorale du 25 octobre n’est pas une performance spontanée. Selon lui, elle résulterait d’un long processus de maturation s’étendant sur les quatre ans et demi du pouvoir rose. Ce qui expliquerait qu’il n’y ait pas eu d’élection antérieurement. Les sbires du bandit légal parachuté au Palais national devaient bien prendre le temps de concocter l’affaire à souhait avant sa mise en œuvre pour en faire un coup de maître. La deuxième remarque est un constat : l’exercice électoral du 25 octobre renvoie à un vol parfait. Mais, en lieu et place de la désignation de « vol parfait » qui semble chercher un accommodement, le mot juste est bel et bien, à mon avis : un crime parfait, les infractions visant à détourner le vote d’un peuple étant qualifiées de crimes électoraux par la loi. Appelons un chat, un chat. A la suite aux multiples protestations, les événements du 25 octobre me semblent relever de l’inédit, voire d’un imaginaire fécond ou même de la légende. Aussi, fiction pour fiction, il m’est venu à l’idée de me lancer dans un exercice tenant compte de la nature de l’événement. L’une de mes passions depuis mes premières lectures d’Agatha Christie à l’adolescence étant les intrigues policières, l’exercice consiste à m’inspirer des enquêtes policières et judiciaires qui investiguent, justement, les crimes parfaits. Je me suis alors consacrée à la quête de trois indices qui, à mon sens, rendent difficile la reconstitution d’un scénario : la diversion, la confusion, la persuasion Ces indices ont-ils été détectés le 25 octobre ? La diversion La police était présente en nombre, plus que jamais déterminée à « Protéger et servir ». Les mandataires et observateurs pullulaient. Quasiment aucun cas de violence enregistré. Nos esprits étaient tous focalisés sur les remarquables efforts du CEP après le 9 août. La confusion Tout en détournant, par la diversion, l’attention des acteurs non complices, il fallait s’assurer de la mise en place de conditions garantissant effectivement l’aboutissement du projet réel. Le nombre extraordinaire de mandataires et observateurs déployé ainsi que le mécanisme de rotation conçu pour la gestion de leur présence dans les bureaux de vote (BV) précaires que nous connaissons a jeté un certain trouble qui n’a pas permis, même aux plus circonspects, de détecter à temps les infractions. La persuasion Rien à reprocher aux responsables partant des signes externes du déroulement du scrutin : les superviseurs et superviseurs adjoints jouaient généralement leur rôle ; la police avait mené quelques opérations chocs largement diffusées ; les juges de paix ont répondu à l’appel des superviseurs, même si quelques-uns ont eu à libérer précocement des fauteurs de troubles, sans jugement. Mandataires et observateurs semblaient être satisfaits. Tout compte fait, le 25 octobre a laissé transparaître des indices favorables à une évaluation positive. Si bien qu’à la fin de la journée les satisfecit ont suivi, venant tant des officiels que du commun des mortels. On en est même arrivé à parler de l’une des journées électorales les plus réussies de l’histoire d’Haïti. Victoire à la Pyrrhus. C’était trop vite pensé que le ventre pourri de la bête avait déjà fait l’objet d’un curetage entamé. Au-delà de toutes les apparences, il y avait une autre réalité. La métaphore de la pointe de l’iceberg est d’une bien criante actualité. Après la journée faste du scrutin, les dessous de l’affaire ne tardèrent pas à faire surface et s’initia la mise à jour du travail élaboré en sous-œuvre. Les constats - si on fait foi aux déclarations, sont les suivants : o l’électorat d’environ 30%, d’après les premières estimations, était majoritairement constitué de mandataires et d’observateurs; o des mandataires et des observateurs auraient voté plusieurs fois; o des boîtes d’urnes bourrées de faux bulletins auraient été transportées dans les bureaux de vote par des ambulances; o des bulletins, voire des procès-verbaux (PV) favorables à certains candidats auraient été retrouvés dans les rues. Analysons point par point ces dépositions pour en déterminer la vraisemblance : L’électorat était majoritairement constitué de mandataires et d’observateurs ou en représenterait un fort pourcentage. Evidemment. Avec 52 ou 54 candidats à la présidence ajoutés à ceux en course pour les législatives, les sénatoriales et les municipales, le CEP a avoué avoir été contraint de délivrer 917 675 000 mandats. Nombre de cartes d’accréditation aux observateurs non dévoilé. Un total exagéré de mandataires et d’observateurs, qui, une fois éligibles, sont des électeurs appelés à voter à bon droit. Reste à savoir si tous les mandats et toutes les accréditations ont été distribués aux présumés destinataires. Ce qui permettrait une évaluation plus précise de l’effectif susceptible d’avoir voté légalement dans cette catégorie d’acteurs. Des mandataires et des observateurs auraient voté plusieurs fois. Extrêmement difficile, notamment pour les mandataires. En effet, si les observateurs supposés neutres sont habilités à effectuer des tournées dans les centres de vote, les mandataires, quant à eux, représentent un seul parti politique et sont affectés à un seul bureau de vote où il leur est permis de voter, évidement, une seule fois. Comment voter plusieurs fois si leurs noms sont inscrits sur des listes d’émargement d’exception et consignés dans des procès-verbaux avec deux précautions supplémentaires : la pose de l’encre indélébile sur le pouce gauche et la découpure de l’appendice placé à cet effet sur le mandat ? Des boites d’urnes auraient été transportées par des ambulances. Encore plus difficile. Une ambulance ne peut pénétrer un espace que sur sollicitation et pour un besoin bien déterminé. Il n’est pas question que de tels véhicules fassent des aller - retour dans des centres de vote sans justification. En outre, une ambulance ne peut être confondue avec une aiguille dans une botte de foin. Le transport d’urnes truquées par quelque véhicule que ce soit dans des BV ne passerait pas inaperçu et ne manquerait pas de soulever l’attention des électeurs. Des bulletins ou procès-verbaux de dépouillement auraient été retrouvés dans les rues. Ce ne serait pas la première fois. Cette pratique inadmissible et révoltante, symptomatique d’un total irrespect pour l’éminent acte de souveraineté populaire que représente le vote, est devenue courante depuis certaines élections. Il n’est malheureusement pas étonnant qu’elle se reproduise. Procédons maintenant à une brève analyse des trois cas énumérés, hormis le pourcentage de mandataires appartenant normalement à l’électorat. Quand aurait-on découvert ces cas? Pourquoi ne pas les avoir dénoncés sur le vif ? Quel pourrait en être les impacts sur les résultats du scrutin ? L’infraction commise par votes répétés de mandataires et/ou observateurs est, jusque là, une déduction découlant de la conjonction de deux faits : d’une part, la quantité excessive de mandats et d’accréditations pour observation électorale accordée par le CEP ; d’autre part, la vente de mandats qui, selon plusieurs témoignages, se faisait en marché libre avant les élections. Cette opération n’est ni plus ni moins que bourrage d’urnes. Si elle a été effectuée dans les proportions avancées, elle risque de fausser considérablement le décompte des voix. En ce qui a trait aux bulletins et procès-verbaux jetés aux orties, le CEP peut faire valoir que, du point de vue technique, il ne s’agit pas d’un grave problème. Le fait est que, si en principe les bulletins devraient être archivés pour une durée donnée en perspective d’une situation extrême exigeant le recomptage total des votes, la réalité est différente. En effet, à date, aucune législation électorale n’a abordé la question - étant admis que les contenus des bulletins sont traités dans les procès-verbaux de dépouillement, et ce dans des conditions réputées optimales. Pour ce qui concerne des PV de dépouillement, eux aussi apparemment à la traîne, l’affaire est plus délicate. Sauf qu’ils existent en six originaux et qu’en théorie : un de perdu, cinq de retrouvés. Une probabilité à ne pas écarter pourrait être qu’un candidat de second rang dans un ou plusieurs bureaux donc détenant des originaux, constatant son échec après examen de plusieurs procès-verbaux, pourrait jeter, par dépit, les documents qui lui revenaient de droit. Mais il pourrait aussi advenir que des corrompus en détruisent intentionnellement pour nuire à un ou plusieurs candidats bien placés. Toujours est-il que la lumière doit être faite sur de pareils incidents et surtout que les coupables soient correctement sanctionnés. La fin de l’impunité doit commencer quelque part ! L’implication des ambulances dénoncée par des partis politiques en fin de journée électorale semblait tenir de la fabulation de quelques coquins, en voie de perdre aux urnes. Au fait, elle avait été signalée au cours de la journée électorale mais nul n’y avait trop prêté attention. Actuellement, cette allégation revient en force et pourrait être, selon de nouvelles déclarations, largement documentée. Le scoop est que des « services de renseignements » munis de smartphone auraient été secrètement mis en place à cet effet par certains partis et candidats vigilants et s’étaient réservés le droit de dévoiler leurs données en temps et lieux. A malin, malin et demi ! Notre proposition soumise par les ondes, le 25 octobre, interpellant le CEP pour autoriser les superviseurs à filmer par téléphone la clôture du scrutin et notamment le dépouillement des urnes, n’était pas tout à fait saugrenue. Si le mécanisme n’a pas été expérimenté pour édifier les mandataires que la rotation avait laissés hors des bureaux de vote, il aura donc été salutaire pour lesdits services de renseignements. Afin de statuer sur les contestations, la loi consacre des procédures et un moment précis : la saisine des organes contentieux après la publication officielle des résultats préliminaires. Mais au tournant où nous sommes rendus avec le crime parfait du 25 octobre, il s’avère que le jeu force à couper. La panique semble s’être aussi emparée du CEP qui s’est empressé de lancer un « pré-contentieux informel ». Ce mache prese peut se comprendre. Il vaut mieux tenter de réparer ce qui peut l’être avant la mise à feu aux poudres que pourrait représenter la proclamation des résultats. Dans ce contexte, à qui revient-il de produire des preuves étayant les accusations ? Aux plaignants ou aux gestionnaires du système électoral ? Notre avis est que les deux approches se valent. Mais puisqu’il s’agit d’une affaire d’Etat, au moindre indice de glissement ou de dérives, le directoire du CEP devrait se mettre en éveil ou mieux en mouvement pour chercher de lui-même si telle ou telle accusation est fondée. Car dans la situation qui se présente actuellement, si le nombre de mandats à octroyer (fonction de l’effectif des candidats), est une contrainte du décret électoral, aucune obligation n’est faite, par contre, pour le nombre d’observateurs à accréditer. Alors pourquoi avoir distribué, par exemple, dans un premier temps, 7000 mandats à un seul organisme d’observation électorale ? En outre, la formule de rotation proposée par le CEP pour les mandataires n’est pas maîtrisée. Elle laisse une brèche et offre aux éventuels arnaqueurs un prétexte pour quitter leur poste et y revenir à souhait. Il semblerait que, dans cette dynamique de va-et-vient, des mandataires auraient commis leur forfait... Le CEP a donc tout intérêt à vérifier, de lui-même, la fiabilité du système qu’il a mis en place ainsi que la fidélité du vote et à en rendre compte à la population. Cependant une telle démarche au sein de l’institution électorale est différente du travail d’une commission spéciale de vérification des accusations de fraudes commises le jour du scrutin. La commission de vérification dont il est question depuis ces derniers jours devrait être constituée hors les membres du CEP. Autrement, elle n’aura nul effet, la crédibilité du CEP étant irréversiblement entachée. Cette structure de vérification dont le premier attribut est l’indépendance et la neutralité, devrait être similaire à celle que j’ai eu à proposer publiquement en 2010 suite des contestations des résultats préliminaires de l'élection présidentielle : une commission nationale, citoyenne. Expérience faite à partir de la saga inédite de 2010, il faudra, coûte que coûte, se prémunir contre l’arbitrage international. Non ! Non ! Et Non ! A L’ARBITRAGE INTERNATIONAL ! Assistance mortelle, selon Raoul Peck. On ne nous y prendra plus ! Toutes les accusations convergeant vers le bourrage d’urnes, la mission principale de la commission nationale de vérification serait d’identifier, à partir de l’examen de documents mis à disposition par le CEP, les indicateurs de duplication de votes par un même électeur. D’autres missions pourraient lui être attribuées au besoin. Pour accomplir la tâche primordiale, comment procéder ? Plusieurs méthodes peuvent s’appliquer. De la plus compliquée : contrôle par superposition des listes de votants de toute la documentation relatant les effectifs d’électeurs pour plus de 13 000 bureaux de vote ; à la plus simple : même exercice partant de spot checks pour des bureaux choisis soit parce que dénoncés, soit par hasard. La première méthode est complexe, fastidieuse. Travail titanesque. Sa faisabilité devrait être étudiée. La seconde méthode est trop expéditive. Un moyen terme, d’ailleurs proposé, consisterait à réduire les listes soumises à vérification à celles dressées pour mandataires et observateurs et à exercer le contrôle des codes-barres correspondants au nom des votants. Véritable pèlen qui permettrait d’attraper illico les fraudeurs. Mais comme la première méthode, cette dernière implique une certaine durée et prolongerait considérablement les délais de proclamation des résultats déjà réputés trop longs. Ce qui risque d’exacerber les tensions et de causer les dérapages les plus inattendus. Face à ces difficultés, il existe une alternative. En voici quelques pistes : Commencer par la question : A qui profite le crime ? Le fin mot des enquêtes policières ou judiciaires. Cette question clé nous oriente. Pas la peine de se disperser dans des recherches diffuses. Tout le travail de vérification devra se concentrer autour des premiers candidats : entre les trois ou les cinq en tête de liste. En effet, le meilleur échantillon d’analyse se révèle la documentation relative aux premiers gagnants, ceux à qui pourraient profiter le crime. Dans un premier temps, pour faire plus court, il faut puiser dans la quarantaine. Deux types de traitement sont recommandés a) un traitement manuel : o tirer de la quarantaine, à partir des « rapports officiels » du bureau légal du Centre de tabulation, les procès-verbaux de dépouillement où les candidats de l’échantillon se trouvent dans les trois premiers rangs, par exemple, o noter le nombre de votants indiqué sur le PV de dépouillement; o compiler la LEP attribuée (affichée) au BV, la liste d’émargement régulière ajoutée à la liste d’émargement d’exception (celle de mandataires et observateurs ayant voté), le nombre de procès-verbaux dressés pour vote de mandataires et observateurs; o superposer tous les effectifs; o effectuer un double ou un triple contrôle; o en cas de non-correspondance, vérifier les noms qui apparaîtraient en deux ou plusieurs fois o identifier les Bureaux de vote correspondants aux infractions (scènes de crime) b) un traitement électronique Après une saisie informatique des noms des votants sur chacune des listes analysées dans l’exercice précédent, il est possible électroniquement de retrouver ceux qui apparaissent plusieurs fois; Ces deux méthodes de contrôle manuel et électronique complémentaires devraient apporter tout l’éclairage nécessaire sur l’opération de multiplication de votes des mandataires et observateurs pour l’échantillon choisi, le plus représentatif. Au cas où les résultats ne seraient pas satisfaisants, il faudrait se référer à la documentation générale mais en utilisant le même échantillon. Ce qui donnerait également lieu à une opération simplifiée au regard d’autres méthodes fiables mais plus compliquées et de trop longue durée. Toutefois, le vote décuplé implique une chaîne de complicités qui doit certainement s’inscrire dans une stratégie globale bien assise dont résulte le crime parfait. Cette stratégie, je la nomme : stratégie électorale de la fourche piégée ou des tentacules corrompus. Le nombre élevé des candidats n’a pas été le fruit du hasard. Plusieurs d’entre eux, on le sait, ne sont que des figurants au service d’un seul et même maître. De même, beaucoup de partis agréés ne sont que des « particules » ou des « partis pris », souchés à un seul parti. On peut identifier quelques enjeux de la mise en place d’une telle camarilla : o on devient candidat sans aucune sensibilité citoyenne, sans opinion politique, ni vision, ni programme et même sans motivation pour la conquête du pouvoir, mais en tant que prête-nom o le candidat ainsi embarqué s’engage à « trafiquer » les mandataires mis à sa disposition selon la loi électorale et à coopter les membres de bureaux de vote qu’il est habilité à désigner soit comme candidat indépendant, soit comme représentant d’un prétendu parti; o en prime, ce candidat fantoche reçoit le financement du CEP et termine sa mission en beauté; o les mandataires et membres de bureaux de vote acquis à la cause par des offres alléchantes issues, sans doute, également du financement de l’Etat font choux et raves dans les bureaux de vote; o des superviseurs, voire des membres de BEC et de BED peuvent aussi s’impliquer dans l’arnaque aux mêmes conditions; o tous les votes des adhérents à la camarilla sont déposés dans les urnes pour un seul et unique candidat. L’affaire peut atteindre également la police, le système judiciaire et le CEP en tout ou en partie. Mais une fois la machine bien rodée, la participation des membres du CEP à la fourberie peut ne pas être globale. Sauf qu’en cas de complicité elle peut largement contribuer à faire aboutir le projet. Que dire de l’Internationale ? Cet acteur est omniprésent et influent. Son positionnement dépend toujours du contexte auquel il s’adapte pour en tirer les meilleurs profits. Autrement, il fera usage de toutes les manigances pour se rattraper. Ce qui est certain, c’est qu’il appuiera le candidat qui répondra au mieux de ses intérêts et attentes. Dans l’idéal, celui ou celle à profil de marionnette. Ce qui paraît évident en cette nouvelle saison électorale de 2015, c’est qu’après les bévues de ses interventionnistes de 2010 dénoncées en grande première et sans langue de bois dans mon livre-témoignage, la communauté internationale a du battre en retraite. Même si elle continue de mener le jeu, elle tâche désormais de garder un profil bas et d’agir sous le manteau. L’appareil machiavélique décrit ci-dessus, une fois bien monté, du laxisme à la fraude froidement cogitée et exécutée, tout devient possible. Peu importe qu’il se produise multiplication de votes et bourrage d’urnes ou pas ; peu importe que de faux bulletins soient introduits dans le système ou pas ; l’arme principale du crime reste et demeure le conglomérat de consciences citoyennes vendues. Le crime parfait s’accomplit alors et réussit dans toute sa splendeur. Face à tout cela, il n’y a qu’une réponse qui tienne : l’insurrection citoyenne. Je tiens à paraphraser encore et encore le professeur Roody Edmée : Insurrection citoyenne ! Telle que je l’appréhende, c’est un paradigme qui charrie toute la mesure d’une colère citoyenne jusqu’à constituer la force motrice pour un réveil collectif et une véritable révolution des consciences entraînant une complicité citoyenne et un engagement inconditionnel aptes à pousser la partie saine de la population à faire front contre les vendeurs de patrie. Cette insurrection citoyenne consacrerait la volonté consensuelle d’une prise en charge responsable de la Nation haïtienne par son peuple. Dans l’attente, il est dommage de réaliser qu’en une circonstance aussi symbolique et importante que celle du verdict du souverain, la mascarade défile comme en période carnavalesque : auteurs et acteurs de la stratégie de la fourche piégée ou des tentacules corrompus ; candidats criant victoire alawonnbadè ; flagrants délits rapportés a posteriori par des services de renseignements ; « pré-contentieux informel » préfigurant la réédition d’un BCEN spécial…La gesticulation politique envahit la scène… Un défilé carnavalesque… Les élections sous nos cieux ne présentent-elles pas, en effet, depuis quelques années, les caractéristiques d’un grossier carnaval ? Après le carnaval traditionnel et celui des fleurs dont certains sont passés maîtres, émerge donc un autre plutôt atypique. Mais sous une apparence burlesque, il est tragique, voire cynique parce qu’il hypothèque l’avenir d’un pays. Ce troisième type de carnaval, vu les torts causés à la Nation, devrait être classé « carnaval anti-patrie ». Dans ce spectacle hideux, les plus forts demeurent les concepteurs et acteurs du crime électoral parfait. Ses auteurs méritent la sanction ultime répondant au crime de haute trahison. Enfin… Cinq ans après les élections de 2010, il est douloureux de constater que le ventre pourri de la bête semble être de plus en plus fécond…