La politique se demande où elle va. L’économie ne dort pas. Elle prend des coups. Elle s’ajuste. Les ménages comme les entreprises en font autant. Tout en s’inquiétant de la politique.
Il y a de l’incertitude dans l’air. La confiance chancelle. Les signaux sont au rouge. L’avenir clignote. L’économie s’en ressent. Même les bonnes nouvelles ne redonnent pas automatiquement le sourire.
Pourtant, une bonne nouvelle ouvre le mois de novembre. Une très bonne nouvelle. Une grosse. L’État haïtien vient de collecter plus de 1,4 milliard de gourdes de taxes en un mois, celui d’octobre, comparé à la même période l’an dernier. C’est énorme.
Le ministre de l’Économie et des Finances s’en est félicité. Les mesures, imposant l’importation par le port ou l’aéroport de Port-au-Prince ou ceux du Cap-Haïtien de 23 produits en provenance de la République dominicaine, ont porté leurs fruits, s’est réjoui le ministre Laleau. Il en serait résulté plus d’un milliard des 1,4 milliard de surplus.
L’existence de cette liste et l’obligation de suivre de nouvelles procédures d’importation étaient liées à la promesse que plus de taxes seraient collectées. La promesse est tenue.
Les projections parlent déjà de 18 milliards de gourdes de recettes supplémentaires pour cette année fiscale. Si Pierrette ne perd pas son pot de lait en cours de route, on peut dire adieu déficit budgétaire, nécessité d’emprunter le couteau sous la gorge et fins de mois difficiles. Les salaires sont assurés, des investissements se feront sur fonds propres de l’État haïtien.
En ces temps de raréfaction de l’aide internationale et d’agonie lente de PetroCaribe, les finances de la République pourront respirer si nous avons le courage de maintenir les mesures et d’améliorer les performances de perception.
Bien entendu, l’augmentation des rentrées est aussi due au fait que la gourde a perdu de sa valeur. Mécaniquement, en douane, l’État a perçu un peu plus qu’à pareille époque l’an dernier. Les importations en dollars sont facturées en gourdes. Quand il faut plus de gourdes pour les mêmes quantités de dollars et de biens, l’État encaisse plus.
Et c’est là que les questions commencent à surgir. Pourquoi, alors que les caisses se remplissent, la gourde s’affaiblit-elle ?
Sur le site Internet de la principale banque commerciale de la place, celle qui a toujours vendu le dollar à meilleur marché ces derniers mois, on achetait le billet vert contre 54 gourdes 35 ce mardi pour les petits montants cédés par les particuliers.
Dès qu’on désirait acheter jusqu’à dix mille dollars, sur le site Internet de la même banque, le taux grimpait à 56 gourdes 75 pour un dollar. Au-delà de 10 000 dollars, une autre négociation commençait. Il fallait entrer en contact avec les services de change de la banque.
Le dollar et la gourde dansent un tango compliqué ces derniers temps. L’une ne veut pas lâcher l’autre, mais le partenaire se fait payer au prix fort. Au prix de nos faiblesses. Le dollar ne nous fait pas de cadeau. La politique non plus. L’économie ne connaîtra pas de miracle.
Sauf si les acteurs politiques, ceux qui préparent la prochaine crise, s’asseyent et s’entendent sur l’essentiel.
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