Rhodner J. Orisma
Le système électoral haïtien, à travers le CEP, est appelé à organiser des élections honnêtes, libres et démocratiques pour maintenir progressivement la volonté du changement social qui dominait le symbolisme de Vertières ou du 18 novembre 1803 et l’Indépendance nationale. À chaque exercice électoral, peut être mésurée la popularité des candidats à l’aide du vote du peuple, peuvent être élus des leaders crédibles en vue du renouvellement du personnel politique. Cependant les élections de 2015, comme bien d’autres par le passé, peuvent prouver le contraire.
Faite à plusieurs niveaux, cette constatation se situe entre la préparation du CEP et la formation de certains candidats, laquelle occasionne des défaillances bien établies.
D’une part, des membres du CEP incluant ceux des BED, des BEC et des BV qui sont mal formés ou ne sont pas à la hauteur de leurs tâches transgressent la logique de crédibilité des élections honnêtes, libres et démocratiques. D’autre part, des candidats, sans solide formation sociale ni politique, sans vision ni programme, ni discours se présentent sur la scène politique, n’ont d’autre alternative pour être élus aux postes visés que d’influencer le système aux moyens d'activités frauduleuses et du banditisme.
Ces scènes sont enregistrées partout comme à l'Arcahaie, aux Cayes, à Cornillon, Fonds-Verette, Ganthier, Gonaïves, Hinche, Petit-Goâve, Port-au-Prince, etc. Les fraudes sont tellement massives et flagrantes que des candidats ont dénoncé leur propre parti pour des fraudes commises; des membres du CEP ont démissionné ou n’ont pas signé la liste des candidats élus parce qu’ils ont jugé les élections peu crédibles; les masses urbaines sont indignées et révoltées pour les mêmes causes connues. Le gâchis généralisé construit le spectre d’un déclin permanent.
Les élections sont la force motrice de la démocratie, c'est à travers elles que la démocratie et les changements politiques et socioéconomiques sont opérés. Les joutes électorales, d’un côté, permettent aux acteurs et leaders politiques, les managers de campagnes, de montrer leurs talents et programme à travers “des stratégies de légitimation, de crédibilité et de captation.” De l’autre côté de la scène, les analystes politiques ou politologues, les journalistes et les enquêteurs de sondage d’opinion peuvent utiliser toutes “les énergies considérables pour mesurer, analyser et interpréter” comment le peuple conçoit ou répond aux discours et promesses de campagne.
Quand les élections sont entachées de fraudes massives ou de bourrages d’urnes et autres irrégularités, quel sens prennent ces élections, quelles en sont les raisons d’être, où va le pays? Nous ne pouvons plus opter pour des transitions à n'en plus finir, des révolutions violentes à travers lesquelles une classe peut renverser une autre. C’est intolérable au XXIe siècle. Pour éviter des révolutions sanglantes, organiser des élections crédibles demeure une alternative majeure pour la bonne concertation nationale et le progrès de la justice sociale. Donc défendre la légimité électorale en cas de fraudes est nécessaire. La meilleure façon de défendre cette légitimité et de corriger le système est de disqualifier les candidats pour lesquels les fraudes et les irrégularités ont été commises. Ce qui permet de sanctionner aussi ceux qui travaillent à la solde des compétiteurs malhonnêtes, de rendre nulles et non avenues leurs entreprises. Les États-Unis, par exemple, dans les années 60, ont puni et incarcéré pas mal de gens pour les fraudes électorales pour équilibrer leur système électoral.
Le CEP ou le BCEC, le BCED et le BCEN doivent réellement manifester, suivant le communiqué # 92 du 11 novembre 2015 (Le Nouvelliste, 12 novembre 2015), un intérêt à contrôler les fraudes électorales dans le pays et punir les coupables. Sinon, les élections honnêtes et crédibles ne seront jamais possibles. Dans cette situation, le pays demeure une piste sur laquelle à chaque élection, un climat de tensions, de crises de tout genre, d’instabilité et de violence est enclenché. Les élections ne projetteront qu’une image corrompue de la politique du pays avec laquelle des citoyens formés, éduqués et honnêtes ne veulent que prendre leurs distances. Ces citoyens n’auront qu’un sentiment répugnance envers la politique et ne feront que maintenir l’idée que les élections ne sont qu’une initiative d’un CEP inapte. Cette situation pèse très lourd sur l’avenir socioéconomique et la souveraineté de la nation.
Maintenant, voyons les tendances sous un autre angle ! Des problèmes d’égoïsme et d’ambitions aveugles caractérisent certains leaders du pays. Ces leaders ne veulent que contrôler à eux seuls ou avec leur clan l’héritage politique du pays, comme c’est le cas de 2010 et 2015: cela a créé un climat de tensions quand le peuple tend à rejeter les élections de Jude Célestin et Jovenel Moïse comme leaders de la continuité des régimes sortants. Les élections deviennent leur métro de la dernière chance pour atteindre leurs objectifs qui sont toujours mal perçus. Les influences et stratégies qu’ils dégagent donc durant les élections handicapent largement le système électoral établi. Ainsi, les irrégularités et les fraudes sont des constantes.
Les premières élections soit-disant libres et démocratiques en Haïti ont été organisées en 1818. C’est lamentable qu’en 200 ans, le pays ne puisse organiser des élections au moins acceptables le pourquoi et le comment des fraudes sont des questions auxquelles politologues et la société civile doivent répondre afin de comprendre la défaillance de notre système électoral. Dans un avenir pas lointain, il nous faut bien aborder cette défaillance avec les différents secteurs de la vie nationale, et trouver une alternative adéquate pour éviter d’organiser d’autres élections à la fois frauduleuses et budgétivores.
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