Le CEP, retranché derrière le décret électoral, a débouté la demande des huit candidats à la présidence. Il n’y aura pas de commission indépendante pour vérifier la sincérité du vote du 25 octobre 2015. Il y a eu tous ces échanges épistolaires et tout ce tango médiatique pour ça.
Rien que ça. Ce refus sec, poli de Pierre-Louis Opont et des huit conseillers de se tirer une balle au pied.
Pour le CEP, accepter que leur cahier soit corrigé par des « commissaires indépendants » censés sortir de secteurs desquels ils sont eux-mêmes issus n’est, semble-t-il, pas facile à avaler. Il y a couleuvre madeleine et anaconda au menu pour ce CEP qui n’est pas parvenu à se faire des alliés dans la vérité totale, la transparence et la maîtrise suffisante du processus électoral. Il y a lieu d’écraser une larme. Le 9 août a son poids sur la suite, sur la configuration du Parlement. Le passif reste un passif. D’autant qu’on appellera au final honorables certains élus presque aussi honorables qu’ Al Capone. Et Pilate, les pontes au CEP qui leur ont pavé la voie.
Si, en théorie, le CEP n’est pas là pour faire de la politique, il sait toutefois qu’en fermant la porte étroite mais combien utile de la vérification, il ne reste que l’option politique à ces huit candidats à la présidence. En clair, l’épreuve de force, la contestation, à travers des manifestations de rue, pour faire dérailler la machine électorale. Et peut-être bien plus.
Avec cette crise électorale qui prend forme, il y a une petite hypothèque sur la sortie heureuse, sans casse, de Michel Martelly du palais national. Pour le moment, en fin stratège, l’ex-chanteur joue la carte du temps, observe les lignes de fracture qui affaiblissent l’opposition. Cette addition d’ego gonflés, d’aventuriers du pire et de gens de bonne volonté englués dans une sauce rance d’archaïsme politique.
Pourtant, même avec ces tares, cette opposition n’est pas prête à faire de cadeau à Martelly et à Jovenel Moïse, un « loray kale » de la politique présenté comme gagnant dans des départements où ses partisans ne sablent pas le champagne de la victoire, ni ne boivent encore le clairin pour chauffer le rassemblement visant à défendre leur candidat.
Si nous en sommes là, le CEP a une grande part de responsabilité. Mais, au regard des enjeux, peut-on courir le risque de jeter de l’huile sur le feu, de faire le jeu des extrémistes friands de confrontations ? La réponse est non. Le patronat, les églises, les universités et les autres forces vives du pays peuvent-ils rester silencieux, attendre qu’encore une fois que ce soit les pneus enflammés, la sueur, le sang versé et le Blanc qui fassent bouger les lignes ?
Ce silence est-il motivé, intéressé ? Marche-t-on sur des œufs ? Veut-on éviter de subir des représailles à l'avenir en s’alignant sur la position du bon sens ? Devra-t-on attendre de faire les manchettes de CNN et d’Euronews pour se rendre compte que le pays danse sur le cratère d’un volcan en activité ?
Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui, c’est que plus d’un agit consciemment ou inconsciemment pour que le pays bascule dans la transition. Et nous avec. Nous, les victimes de l’errance post 1986. Nous les otages d’un pays briseur de rêves, d’espoirs. Nous les 1,5 million de votants de 2015 qui assistons à l’enterrement du reste de civisme en nous. Nous qui, petit à petit, au fil des élections et des déceptions, finirons malheureusement par grossir les rangs de ceux dont les corps, comme des fantômes vivants, déambulent dans ce pays dans lequel ils ne croient plus.
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