L’intensification des manifestations de rue par les partis politiques de l’opposition qui contestent les résultats préliminaires du premier tour de la présidentielle du 25 octobre pourrait compromettre la suite du processus électoral. Le Bureau du contentieux électoral national (BCEN), dernière instance en matière de contentieux électoral, ne parvient pas encore à délibérer sur les deux cas de contestation soulevés par les candidats à la présidence Maryse Narcisse et Vilaire Cluny Duroseau. Avant toute délibération, le BCEN autorise ces deux candidats ainsi que trois autres à vérifier les procès-verbaux au Centre de tabulation pour calmer l’ardeur des candidats contestataires, qui réclament la mise à l’écart du candidat du pouvoir, Jovenel Moïse, du processus électoral. Cette initiative peut être considérée comme un pas dans la bonne direction, car l’institution électorale est incapable de mettre sur pied la commission indépendante de vérification des procès-verbaux sollicitée par les huit candidats à la présidence. Le second tour de la présidentielle est prévu pour le 27 décembre, avec un calendrier qui tient compte des différentes opérations électorales. La campagne devrait être lancée dans quelques jours, mais avec cette crise postélectorale, rien n’est encore joué. Il devient de plus en plus improbable pour ces huit candidats, dont Jude Célestin, d’accepter d’affronter Jovenel Moïse au second tour. Ces candidats ne font pas confiance à l’institution électorale, compte tenu de la capacité de l’équipe au pouvoir de tirer son épingle du jeu. Le G-8 ainsi que le Parti Fanmi Lavalas exigent la mise à l’écart du candidat du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) pour fraudes massives. Dans un sens comme dans l’autre, les élections du 25 octobre ont été organisées dans les meilleures conditions de planification et de sécurité. Cependant, l’invasion des mandataires, qui ont été plus nombreux dans certains bureaux que les électeurs, a contribué à alimenter les cas de fraude dénoncés par les partis politiques de l’opposition. Plus les jours passent, plus les positions se radicalisent. Cette crise postélectorale, comme celle de décembre 2010, va contribuer à mettre le pays sur la sellette. Depuis le début des manifestations de rue, Haïti retient l’attention des agences mondiales d’information. Comme à l’accoutumée, l’image de notre pays sera de plus en plus ternie. A chaque organisation d’élections, Haïti a rendez-vous avec la presse internationale pour le propulser comme le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, incapable d’organiser un processus électoral sans qu’il y ait dénonciation de fraudes massives suivies de manifestations de rue. Depuis les élections du 21 mai 2 000, chaque gouvernement établi devient un handicap à l’organisation d’élections honnêtes. Pourquoi les leçons du passé n’ont-elles pas été apprises par les autorités actuelles ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com