Au moment où des membres du Conseil électoral provisoire qui ont siégé au Bureau du contentieux électoral national (BCEN) sont impliqués dans un scandale de corruption, le président de la République nomme par arrêté la Commission d’évaluation électorale composée de cinq membres. Michel Martelly s’est référé à un échange de correspondances entre l’institution électorale, le candidat à la présidence Jude Célestin et la Primature pour asseoir sa décision. Pourquoi le président de la République, en créant cette commission, précise à l’article 3 «que chacun des deux candidats à la présidence qualifiés au second tour pourra, s’il le désire, désigner un représentant pour assister aux travaux de la Commission.» ? L’article 1er stipule que la Commission peut prendre les dispositions nécessaires en vue d’évaluer le processus électoral et faire des recommandations au Conseil électoral. Il s’agit là d’une commission taillée sur mesure qui doit garantir la crédibilité du processus. Le Groupe des huit partis politiques, principal concerné par cette commission, en raison de la présence de Jude Célestin, candidat admis au second tour de la présidentielle, rejette la formation de cette Commission par l’entremise de Me Samuel Madistin. S’agit-il d’une décision commune ou d’une décision du juriste au nom de tous les membres du groupe ? Jude Célestin va-t-il endosser la position du Groupe des huit exprimée par Me Madistin ?
Dans les heures qui viennent, toute la lumière luira sur cette dernière ronde de la crise électorale. Si Jude Célestin décide de prendre part au second tour de la présidentielle, ce sera la fin du groupe des huit candidats. Il n’aura pas le soutien de quatre des huit candidats. Si le candidat Célestin reste solidaire avec le Groupe des huit, il ouvrira le chemin qui mène le pays à la transition. Dans le deuxième cas, Michel Martelly aura bouclé son mandat sans parvenir à l’organisation des élections.
En annonçant par communiqué de presse le 15 décembre 2015 le déploiement de 60 observateurs, l’Union européenne avait déjà annoncé la couleur, dans le cadre de l’organisation du second tour. Alors que rien n’a été décidé entre l’opposition, le gouvernement et l’organisme électoral pour le second tour, l’Union européenne a pris l’initiative de déployer ces observateurs en connaissance de cause.
Imaginons que Jude Célestin décide de se rendre au second tour, qu’adviendra-t-il de Yolette Mengual, de Vijonet Déméro et de Lourdes Edith Joseph, tous trois membres du CEP, juges au Bureau du contentieux électoral national, accusés de corruption ? Ces trois membres de l’institution électorale peuvent-ils continuer à participer à la prise de décision alors qu’ils sont éclaboussés dans une affaire de pots-de-vin ? Que les accusations soient gratuites ou fondées, ces conseillers ainsi que d’autres juges du BCEN mêlés de près ou de loin devraient répondre de ces accusations devant un tribunal compétent. Où ces candidats ont-ils pu trouver les numéros de compte de ces juges du BCEN pour y déposer des sommes en leur nom ? Pourquoi un candidat aurait-il l’audace d’accuser un juge du BCEN sans lui avoir donné de l’argent en main propre ?
Nous sommes décidément en pleine turbulence politique.
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