L’année 2016 risque encore d'être chaude à l'échelle internationale
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Fernando ESTIME,
Politologue,Specialiste des Relations Internationales,
Directeur de Recherche à la LIDGA,
E-mail : fernando.estime@diplomatie.ht
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L’année 2016 ne s’annonce pas la meilleure à l’échelle internationale, que ce soit d’un point de vue politique ou économique. Entre les menaces d'attentats commandités par l’État islamique, la lutte contre cette même organisation en Syrie et en Irak, les déflagrations au Nigeria, en Libye, au Sahel, la crise migratoire en Europe, une économie mondiale poussive avec des économies émergentes à l'arrêt, sans oublier les points chauds que sont la Palestine, le Yémen et l’Afghanistan, 2016 ne fait pas trop rêver et risque d’être chaude.
Aux États-Unis, 2016 sera une année électorale, ce qui risque de paralyser un peu plus la capacité d'initiative de l'administration en place. À 12 mois de la fin de son mandat, Barack Obama est mis en minorité dans l’opinion publique interne. Sa gestion de la lutte contre l'État islamique et sa stratégie visant à contenir l'organisation terroriste sont contestées de toute part. Car, s'il est évident que les bombardements de la coalition conduite par les Américains ont empêché l'État islamique d'instaurer un califat sur la totalité du territoire irakien et syrien, seuls ces bombardements ne sont pas de nature à éradiquer totalement la menace.
En près d'un an de bombardement, le territoire contrôlé par l’État islamique en Syrie et en Irak n'a été réduit que de 15% à 25 %. Pour ne rien arranger, l'État islamique est devenu une franchise avec des succursales au Yémen, en Afghanistan, en Libye avec une capacité d'action malfaisante croissante en étant capable de faire exploser en plein vol un avion au-dessus du Sinaï égyptien ou de mettre Paris à feu et à sang.
Autre dommage collatéral de la brutalité de l'organisation criminelle État islamique, c’est l'exode massif de millions de réfugiés irakiens et syriens en Europe. En effet, le continent européen n'avait pas connu pareille situation migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale. L'arrivée d'un flot aussi important de migrants dans une Europe toujours convalescente sur le plan économique fait vaciller les mécanismes de Schengen qui autorisait une libre circulation des personnes à l'intérieur des frontières des États membres et favorise une montée de l'extrême droite populiste qui est très encline à rappeler que des terroristes peuvent se fondre parmi ces réfugiés.
Face à la possibilité que des terroristes puissent se fondre au milieu des migrants, en campagne pour l'investiture républicaine aux élections de novembre, le milliardaire Donald Trump propose l'interdiction pure et simple d'entrée sur le territoire américain de toute personne de confession musulmane. Oui, rien que cela!
Pour revenir à ces élections américaines, le tour d'échauffement chez les républicains avant le début des primaires en février peut se résumer en un «Donald Trump Show», tellement le milliardaire semble écraser la concurrence et défie toute loi de gravité politique. En effet, son avance dans les sondages sur ses principaux concurrents s'accentue débat après débat, coup d'éclat après coup d'éclat. Rien pour l'instant ne semble pouvoir enrayer la mécanique Trump.
En dépit de cette ascension fulgurante, la plupart des analystes s'accordent sur un point, Donald Trump ne sera «jamais» président des États-Unis, même si, en politique, le vocable «jamais» ne peut être absolu. Toutefois, en s'aliénant les faveurs de toutes les minorités du pays, latinos, noirs, musulmans, asiatiques, Donald Trump complique sérieusement son équation électorale et, de manière plus large, celle de n'importe quel autre candidat républicain à la Maison-Blanche. En raison du système électoral particulier et le fait que l'élection présidentielle ne se jouera véritablement que dans une dizaine d'États (Swing States), il est arithmétiquement impossible de se faire élire président des États-Unis sans un vote substantiel des minorités. D'autant plus qu' il est avéré que les élections présidentielles se gagnent au centre et non aux extrémités. À moins d'une catastrophe ou d'une déflagration (type Benghazi), Hillary Clinton sera le nouveau locataire de la Maison-Blanche.
L’Afrique sahélienne se construit une «réputation» dans le Jihad mondial avec des groupes comme AQMI, Shebab, Ansar el-dine et Boko Haram, passant des prises d’otages classiques à de véritables actions subversives que ce soit au Mali, en Lybie, au Niger, au Nigeria, au Kenya, en Somalie... Au Sahel, l’année 2016 sera encore chaude. Elle sera, peut-être, plus volatile encore au Yémen où Iraniens et Saoudiens croisent le fer, plus ou moins, par alliés interposés. Volatile, elle l’a toujours été en Palestine depuis des décennies et elle le sera sans doute pour des raisons diverses en Libye, en Ukraine et au Sud-Soudan. Pour rafraîchir un peu l’atmosphère, l'Euro 2016 en France et les Jeux Olympiques de Rio donneront, peut-être, un peu de baume au cœur des fans de sport du monde.
D'un point de vue économique, le dernier rapport sur les perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international ne projette pas une année reluisante. En effet, le FMI prévoit que la croissance mondiale restera faible de l’ordre de 3,6% et que sa dynamique évolue ; et donc, de fait, les prévisions risquent encore d’être révisées à la baisse. D’autant que des facteurs de risques persistent comme le ralentissement continu de la croissance chinoise qui pèsera sur de nombreux autres pays, notamment les pays émergents et les pays en développement qui exportent des produits de base.
En fait, les seuls à tirer véritablement leur épingle du jeu, et ce pour des raisons différentes, sont les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Aux États-Unis, en effet, la dirigeante de la Réserve fédérale (FED), Janet Yellen, vient d'annoncer une augmentation du taux directeur, une première depuis la crise financière de 2008 alors que les marchés financiers ont repris des couleurs.
D'autres pays émergents sont presque à l'arrêt ou en récession. Le Brésil est en récession économique depuis des trimestres alors que la présidente Dilma Rousseff est trop impopulaire et trop contestée pour engager les difficiles réformes structurelles nécessaires. En Russie, l'économie est à l'arrêt en raison principalement de la baisse du prix des hydrocarbures sur le marché mondial et des sanctions économiques occidentales liées à la politique russe en Ukraine. Pour ne rien arranger, Vladimir Poutine est obligé de soutenir un effort militaire important en Syrie qui creuse un peu plus le déficit budgétaire. En Afrique du Sud, un seul fait suffit pour expliquer le tableau général de la situation, le pays de Mandela a connu trois ministres des Finances en 10 jours. En fait, le président Jacob Zuma ne sait plus sur quel pied danser.
2016, on y est et on espère le meilleur.
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