Les statistiques ne mentent pas : elles donnent sans ambages le ton et le sens des tendances enregistrées sur une période déterminée. Plus celle-ci s’étend sur une longue durée, plus éloquentes apparaissent alors les données en question. Depuis 1986, les multiples démarches entreprises ou concoctées pour passer d’un type de société considéré comme peu développé socio-politiquement parlant à un autre plus évolué, se sont révélées d’une incroyable infécondité. Cela fait 30 ans, mon Dieu.
Aucun problème lié à «une modernisation» de la vie sociale, économique, politique, culturelle, ni spirituelle non plus, n’a trouvé une solution. Au contraire, nous sommes allés de Charybde en Scylla. Et cette année 2016 ne semblerait pas encore interpeller la conscience des inconscients ni un minimum de décence chez les professionnels de l’opportunisme.
Nous avons tout fait pour mettre hors circuit tous les grands talents bien dotés d’imagination, de créativité, de savoir-faire et de savoir-être. En ce sens, nous avons atteint des sommets autrefois inatteignables dans «l’art de gaspiller des hommes» et des valeurs éprouvées. Il n’y a que les prix qui manquent pour couronner nos impensables prouesses de déconstruction du social, du culturel et du politique. Hélas !
Nous avons été très bons, très fameux, pardon! dans la répétition des erreurs, des fautes, décisions désastreuses et/ou diaboliques, abracabrantesques, voire absurdes. Il nous aura fallu attendre fin 2015 et début 2016 pour nous rendre compte que les élections, comme nous les «organisons» et dans l’esprit que nous les orchestrons, sont inutiles, improductives et destructrices.
Le faire-semblant et l’indifférence
Nous avons feint de ne pas savoir ce qui allait advenir après tous ces festivals du mensonge autour de soi-disant renouvellement de la clientèle politique. «Jan’l pase l’pase !», telle est la mode qui influence même la psychologie de la majorité de toutes nos élites confondues. «Li pa bon, men fok nou fèl kanmenm !»
Que cette permissivité serve les intérêts inavoués ou inavouables des impérialistes connus et inconnus, cela ne gêne personne de ce côté-là : l’occupation continue du pays de JEAN-JACQUES, la déchéance avancée qui ne cesse de gagner plus de terrain au fil des mois, la paupérisation à outrance des classes moyennes et des autres couches désespérément pauvres … ne choquent pas. La décente aux enfers paraît chose normale. C’est plus facile de s’affirmer «démocrate» et de se croiser les bras malgré tous les dangers aisément identifiables. Plus que tous les autres professionnels, les «démocratologues» font recette par tout temps. Ils sont aimés des «Blancs» ou des «étrangers», des «ONG» et de la Presse, bien sûr. Ils paraissent intéressants, même s’ils n’ont rien à dire de valable. Ils ont bizarrement la voix au chapitre, même s’il leur manque les talents élémentaires.
Connaissez-vous un démocrate haïtien ?
Connaissez-vous un «démocrate haïtien» qui ait œuvré pour le respect de l’ordre public ? pour le «rétablissement de l’ordre public»? pour «la paix des rues» ?... Connaitriez-vous un «démocrate haïtien» qui ait travaillé au «remembrement effectif de l’état civil» en Ayiti ?... Avez-vous connu un «démocrate haïtien» ? ou un «démocratologue haïtien» ? qui se soit soucié de concevoir un plan ou une action efficace en vue de transformer le plus grand nombre possible d’Haïtiens en citoyens ? Autrement dit, en acteurs conscients ou conséquents de «la Communauté haïtienne nationale» ? Le remembrement moral collectif n’intéresse pas nos «démocrates».
L’infécondité est criante, elle tue la vie nationale et constitue un handicap majeur à l’avènement du changement sociopolitique ou socio-économique. Elle est même devenue à la fois un choix de gouvernement et un «choix intellectuel»… Certaines personnalités «hautement diplômées» affirment, ou bien ont l’air d’affirmer, que «nous pouvons continuer à tourner en rond puisque nous ne pouvons faire autrement». Il se «construit une tendance» à faire accroire qu’il n’existe point chez nous d’autres esprits très vigoureux, qui soient aptes à changer la donne par leur audace, leur ingéniosité, leur générosité ou leur lumière… intensifiée !
Quelle conscience! quel leadership!
Avez-vous déjà rencontré un «démocrate haïtien» ou un «démocratologue haïtien» qui se soit penché sur les articles contestables de notre Constitution ?... une véritable source de «pagaille intellectuelle» et/ou politique ? Croyez-vous que nos «superdémocrates» se soient jamais aperçus, au cours des trois dernières décennies, que l’État a foutu le camp et qu’il n’en resterait que des poussières ? Sauraient-ils, ceux-là que les démocrates sont censés faire école de différente manière ?... par leur rayonnement moral, spirituel ou social, par exemple.
Un vrai démocrate, dirait un homme cultivé, est toujours porteur d’un leadership. Et dire que l’action de celui-ci contribue pour beaucoup à l’évolution de sa communauté.
La maladie du «démocrate haïtien»
Trente ans d’infécondité ne semblent pas suffire : nos incroyables démocrates, malgré tous les échecs et leur incapacité à articuler un nouveau système politique, répètent machinalement que nous n’avons pas d’autres choix que de nous engager à chaque fois dans la même course infructueuse qui mène à des résultats négatifs…forcément.
Le pseudo-démocrate n’est pas effaré devant la multiplication ni l’étendue des impostures. Que les imposteurs parviennent à occuper toutes les avenues du pouvoir politique, cela leur est égal. Il faut suivre le processus, c’est le prix à payer pour la transition… qui n’en finit pas. D’ailleurs, leur voix concorde avec celle des étrangers en mission chez nous. Nos démocrates ne savent que trop que les observateurs étrangers «n’observent» rien. Pourtant, ceux-là s’appuient sur ceux-ci pour consolider leur position de faiblards.
Les universités étrangères les mieux cotées du monde entier devraient investir dans une formidable enquête sur la tendance tenace de nos «démocrates ahurissants» qui persistent à «voter» (opter!) pour des formules et des procédés qui n’ont rien de prometteur pour l’avenir de notre pays. Plus improductif que ça, tu meurs !
Les événements à nos portes
Le carrefour de la vérité n’est pas loin, même si les observateurs haïtiens les plus perspicaces ne sont pas capables de prévoir quand nous nous y trouverons. Depuis quelques mois, beaucoup de citoyens pressentent que les événements risquent de se bousculer dans notre espace. Et l’on en est arrivé à croire que plus cela tardera à se produire, plus les bourrasques seront démesurées. Certains travailleurs intellectuels se souviennent du déterminisme historique tel que compris par Montesquieu. «Ou voye yon ròch, fòk l’al tonbe yon kote.»
Suivez mon regard ! Personne ne peut être plus fort que la force des choses.
Quand les choses roulent en dehors de toute logique et de toute raison ; quand l’intelligence n’imprègne pas les actes du Pouvoir ; quand la désinvolture, l’arrogance et l’indécence prennent trop d’espace dans le corps social déjà en pleine déroute ; quand l’essentiel et le bon sens ne font plus partie des soucis des responsables…, alors rien n’empêchera l’inévitable d’exploser et d’imposer sa loi.
On pourrait facilement établir un parallèle entre la situation sociopolitique haïtienne de 2016 et le mouvement «fébrile» des failles dans les entrailles de l’Ile d’AYITI : la terre va très probablement trembler plus fort qu’en 2010… Peut- être jusqu’à 8.5 sur l’échelle Richter !
Les bilans ne mentent pas
Amnésiques ou pas, cela ne change rien au bilan des trois dernières décennies sans Duvalier. Nous avons raté la rédaction d’une vraie Constitution en 1987, puis le protocole devant précéder ce que certains, de très mauvaise foi !, persistent à appeler «la Constitution amendée». Nous avons évidemment évidemment le fonctionnement d’un Exécutif bicéphale, de même que la gestion décente de la Primature… un vrai gâchis, celle-là ! Nous avons raté la création du Conseil Electoral Provisoire et celle du Conseil Electoral Permanent. Nous avons raté l’établissement d’un Parlement digne de ce nom. Nous avons raté l’institutionnalisation de la Police Nationale, de même que la refonte et/ou la reconstitution des Forces Armées d’Haïti.
Et la liste ne s’achève pas encore.
Nous avons raté la Cour constitutionnelle. Nous avons raté, ô de façon honteuse, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. Pendant un temps indécemment long, nous avons mis la Cour de Cassation en mode «slow motion». Nous avons même manœuvré pour diminuer (ou atténuer) le prestige et le rayonnement de la Cour Supérieure de Comptes et du Contentieux Administratif, laquelle, heureusement, essaie de se faire une nouvelle santé. Compliments, Messieurs et Mesdames les juges !... Nous avons raté la réforme de l’enseignement, y compris le Nouveau Secondaire et l’intégration effective du créole dans notre système éducatif.
Les ratages pèsent lourd, en vérité.
Nous avons raté l’organisation de toutes les élections depuis 1987. Nous avons raté l’entrée, dans nos mœurs politiques, des Collectivités territoriales, un «machin», une formule administrative fort mal digérée par toutes les couches de la population. Nous avons raté tout ce qui pouvait constituer une avancée vers la démocratie à l’occidentale. Nous avons raté le moment propice à un début d’exploitation de nos ressources souterraines : l’or, le pétrole, plus abondant que celui du Venezuela, l’iridium (plus riche que l’uranium).
Nous avons, hélas !, raté d’être nous-mêmes et d’investir nos plus puissantes énergies pour REFONDER l’ÉTAT et atteindre les sommets de la Renaissance d’AYITI, CELLE DE TOUJOURS qui est plus forte que nos malheurs.
Magister Jean-Claude D. CHÉRY
5h32 am / 15 janvier 2016
Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN
jccherysambo9@gmail.com
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.