En faisant cette proposition à la nation, je ne suis animé d’aucune envie d’occuper des fonctions ni de sentiment de supériorité à l’égard des autres compatriotes qui ont déjà proposé des solutions. Je veux croire qu’ils sont comme moi animés de bonnes intentions pour le pays. Je dois témoigner avoir voté le 9 août et le 25 octobre. J’étais aussi favorable à la tenue d’un second tour le 27 décembre dernier. Mais, compte tenu de l’évolution de la situation sociopolitique et l’ambiance qui y régnait, j’entrevoyais le report des élections du 24 janvier 2016. Nous voilà maintenant à l’évidence que le 7 février prochain il n’y aura pas de président LEGITIME. Remarquez que la Constitution ne prévoyait pas un tel scénario. Quelle catastrophe! C’est peut-être aussi une opportunité…
Je commencerai par cette phrase de Robert MAGER, en 1975: « Il est impossible d’étudier la meilleure route à suivre pour atteindre une certaine destination sans savoir au juste quelle est cette destination ».
Nous n’avons pas cessé de commettre l’erreur d’essayer de trouver le meilleur chemin alors que nous ne nous entendons pas encore sur notre DESTINATION. Quel pays? Avec quel citoyen?
Les considérations
- Il est admis que les différentes institutions de l’ETAT souffrent d’un déficit de crédibilité
- Il en est de même pour la plupart des entités réputées de la société civile.
- Des doutes planent sur une bonne partie de nos parlementaires actuels, à tort ou à raison (moral pour certains, remise en question de la sincérité du vote pour d’autres ou les deux pour un même individu)
- Il a été mis en évidence par la dernière commission de vérification tout un ensemble d’irrégularités ou d’erreurs couvrant plus de 85% de l’échantillon des documents utilisés lors des opérations électorales pour l’élection du president.
- Il demeure entendu que si nous systématisions ce rituel de vérification pour les précédentes élections, nous en aurions supprimées pas mal. Peut-être qu’on n’en serait pas là aujourd’hui!
- Il serait nécessaire que les principales institutions de la société civile dite de « référence » s’auto-évaluent afin de réajuster leur mécanisme de désignation de « personnalité crédible »
- Il est temps que nous autres Haïtiens divorcions d’avec certaines pratiques rétrogrades et surannées de résolution des problèmes. Que nous abordions les solutions en tenant compte des intérêts supérieurs de la nation et en considérant tout un chacun.
Dans notre analyse de la situation actuelle marquée par la radicalisation de la position des protagonistes, il sera difficile de trouver une solution parfaite ou spontanément consensuelle. Aussi deux issues s’offrent-elles à l’horizon:
• Une solution cosmétique, conjoncturelle pour masquer les vrais problèmes et satisfaire les intérêts de certains. Ce serait le « statu quo »
• La réédition de l’infamie de 1915 pour nous imposer une solu-tion qui ne sera pas non plus dans l’intérêt du pays .
Fort de toutes ces considérations, nous soumettons à l’appréciation de tous cette nouvelle proposition qui tient compte du PAYS D’ABORD, et des revendications des acteurs aussi.
Quelques précisions ou convictions:
• nous croyons dans le renforcement des institutions plutôt que dans leur destruction;
• nous pensons qu’une vérification « en profondeur » du processus électoral actuel pour les présidentielles serait une perte de temps. L’échantillonnage de la commission présidentielle était significatif pour tirer les conclusions;
• Dans la situation actuelle, TOUS les acteurs doivent consentir des sacrifices pour le pays.
LA PROPOSITION:« Une transition de 3 ans ».
• La première année consacrée aux évaluations et à une ENTENTE NATIONALE sur la construction de l’ETAT NATION
• La deuxième année à l’institutionnalisation et au chantier du cadre légal;
• La troisième à l’élection générale.
Processus d’implémentation
1. Installation le 7 février d’un conseil de gouvernement composé de 3 membres des pouvoirs: exécutif, législatif, judiciaire (présidé chaque année par une des personnalités représentant ces pouvoirs). Les choix suggérés en dessous sont dictés par les enjeux de la période considérée.
Année #1 : Le président du Sénat actuel
Année #2 : Le premier ministre actuel ou un des ministres de l’équipe actuelle jugé intègre par la société
Année # 3 : Le président de la Cour de cassation
2. Un cabinet ministériel limité à 9 membres composé de personnalités crédibles et ayant déjà fait leurs preuves. Sa mission principale est de faire un Inventaire de l’État (ressources…et besoins…), réévaluer les dossiers en cours
3. Réduction du mandat de tous les élus actuels à trois ans
4. Mise en place d’une commission de vérification et de vérité (durée du mandat 3 mois) ayant pour tâches de:
- vérifier les dossiers des parlementaires suspicieux (aspect moral; décision des BCED/BCEN). Accord préalable avec le Parlement afin de contribuer à la mise en exécution des recommandations qui sortiraient de l’évaluation.
- participer à la finalisation du dossier des collectivités territoriales (mairies)
- superviser la complétude des élections législatives et des collectivités qui se fera par les BEC et les BED après que le processus de vérification aurait été bouclé.
5. Transformation du Parlement en Assemblée constituante pour une nouvelle Constitution plus adaptée. Bien sûr, ils devront être encadrés (durée du processus 6 mois).
6. Envisager le recoupage et le réaménagement territorial
7. Mise en place des institutions régaliennes : Cour constitutionnelle, Conseil électoral permanent tout de suite après l’adoption de la nouvelle Constitution.
8. Mise en place d’un vrai système d’identification de tous les habitants.
9. Le Parlement fera les lois pour le plein fonctionnement des nouvelles institutions, les lois-cadres pour les ministères, revisiter la loi sur les partis politiques et toute autre loi nécessaire
10. En profiter pour trouver une ENTENTE NATIONALE (avec une forte mobilisation dans les départements et la diaspora / autour des états généraux) sur les GRANDS DEFIS
A. Système éducatif
B. Système de santé
C. Système économique
D. Aménagement du territoire
E. Système judiciaire
F. Sécurité nationale
G. Système cadastral
11. Lancer les élections générales à la fin de la deuxième année .
NB. Vote électronique; se faire aider par les écoles et les universités dans le cadre d’une participation communautaire, voire d’un service civique.
Une question non résolue: Qui pourra amener les acteurs à accepter cette proposition? Je n’ai pas encore la réponse.
Mon dernier appel: Nous nous unissons pour détruire, nous nous unissons pour jouir, nous nous divisons le moment venu pour construire. Faisons l’effort cette fois-ci de nous unir pour construire le pays.
Vladimir Larsen, MD
Professeur d’université.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.