« La paresse voyage si lentement que la pauvreté n’a pas de mal à la rejoindre. »
Kern E. JEAN-FRANCOIS
Je me rappelle, au gré de mes souvenirs, comme s’il s’agissait d’aujourd’hui, avoir contemplé sur le petit écran, au cours de mon adolescence, un film très captivant qui mettait en exergue l’importance du travail dans la vie de l’homme. Malheureusement le titre m’échappe, mais fort heureusement la leçon de morale qui s’y dégage est gravée éternellement dans ma mémoire.
De quoi était-il question en réalité ? Un laitier, homme de condition humble, mais rude travailleur, habitant une province de France, ce pays splendide, ayant sous sa responsabilité plusieurs abonnés, s’est rendu comme à l’accoutumée auprès d’eux pour la livraison de sa marchandise, en dépit du froid diabolique qui sévissait ce matin-là. À l’approche de la demeure l’un d’eux, une vieille femme célibataire, éberluée comme elle seule, ne put s’empêcher de s’exclamer : « vous êtes quand même venu, monsieur, malgré le froid mordant qui vous pique la figure ? »
En réponse, le laitier lui dit : que voulez-vous madame ? La vie est ainsi faite. Et surtout, rappelez-vous de ceci : « le bon travailleur se lève à l’aube pour gagner sa vie et se faire une place au soleil. »
Le travail, dit-on, c’est la liberté. On conviendra avec nous que c’est grâce à un labeur incessant que l’Américain Bill Gates, le patron de Microsoft, continue d’occuper la tête du peloton des hommes les plus riches du monde. Grâce à un travail assidu, l’homme peut gravir des sommets insoupçonnés et atteindre même le luxe.
En effet, il est une chose inhérente à la nature humaine : c’est le besoin de jouissance. L’homme, toujours à la recherche du bonheur qui n’est qu’ombre, que de peines ne se donne-t-il pas pour le conquérir !
Le travail devient pour lui une loi à laquelle il lui faut obéir, s’il ne veut pas périr misérablement. Le travail nécessité absolue, est le seul levier qui élève l’homme et l’ennoblit. Travailler, est le seul moyen de changer de conditions de vie.-
L’homme tout naturellement a tendance à se porter vers un meilleur sort. Dominant chez lui la paresse qui ne peut que le corrompre – car l’homme a toujours envie de vivre dans l’oisiveté –dominant, dis-je, chez lui la paresse, il réfléchit, il combine, il déploie toute son activité pour arriver à meilleure fortune. Car, il voudrait occuper un rang plus élevé, vivre luxueusement, se créer un Eden et, hanté par l’amour du beau, l’amour de l’idéal, nager au sein du bonheur et de la félicité.
Faut-il donc blâmer le luxe ? Ne devons-nous pas y voir, au contraire, un stimulant sans lequel il n’y aurait pas de progrès ?
Toutes ces inventions, tous ces raffinements que l’on condamnait autrefois sont aujourd’hui des objets de grande nécessité. Au fur et à mesure que l’humanité progresse, se civilise, les besoins deviennent plus variés, plus nombreux. De là, la nécessité pour l’homme de se livrer continuellement aux travaux de recherche et d’invention. S’il n’en était pas ainsi, l’homme se contentant seulement du nécessaire, il n’y aurait point de civilisation ; les mœurs en deviendraient sauvages et forcément l’on en arriverait à vivre comme des brutes. Et l’homme ne serait pas comme dit le poète : « un dieu tombé qui se souvient des cieux. »
En effet, tout le secret du travail de l’homme vers le progrès, vers la perfection, se rapporte à ce vague souvenir du « paradis perdu » que pour regagner il faut avoir traversé la tempête.
La tristesse, le spleen s’empare de lui, chaque fois que la nature parle en lui-même. Il éprouve le besoin d’adorer son créateur. Il voudrait s’envoler vers des sphères plus belles, où il se trouverait avec des anges, chantant éternellement des hymnes d’allégresse à la louange du divin maître. À travers le prisme de son imagination, il semble entrevoir les splendeurs célestes. Il soupire, embarqué dans de profondes méditations, il s’extériorise et se trouve dans un état complet de somnambulisme.
C’est que son âme se retrempe à la source pure et à son réveil, se sentant hélas ! Vraiment malheureux et rêvant sans cesse au parfait bonheur, il peine, secouant sa torpeur, à réaliser l’idéal le fuyant toujours, ses efforts sont continuels et produisent chaque jour des merveilles ; et cela, en vue du beau, du vrai, du bien, et en vertu de la loi de l’évolution.
Et dire que le luxe est blâmable pour d’aucuns! Ils estiment qu’au lieu de favoriser la capitalisation, il pousse à la consommation improductive, à la ruine. Ce serait alors la prodigalité qu’on ne doit point confondre avec le luxe.
Le luxe, bien au contraire, est nécessaire, et l’industrie par les capitaux qui lui sont prêtés, en profite largement. Grace à lui, nous assistons à un beau spectacle : le déploiement de toutes les intelligences, de toutes les activités, pour répondre aux besoins variés d’une civilisation avancée. Les consommations augmentent en même temps que les capitaux, le bien-être devient général. Par la diffusion des lumières, les ténèbres s’effacent, et peu à peu le jour se fait dans les couches les plus obscures de la société.
En vertu de cette loi de l’évolution, l’humanité quand même doit progresser. Et nous constatons qu’au cours des siècles, ô éternelle mobilité des choses humaines !...que rien n’est stable. Tout se modifie, se transforme et marche vers le progrès. Et malheur aux peuples qui s’engourdiraient dans la paresse, qui se montreraient réfractaires. Par la force des choses ils subiraient le joug des autres nations plus avancées.
Des époques primitives à ce jour, l’humanité a beaucoup fait. Nous voyons d’abord l’homme se livrer à la chasse ou à la pêche pour subvenir à ses besoins, plus tard «au pastorage », ensuite à l’agriculture, et enfin à l’industrie d’où il va prendre son essor vers l’idéal.
C’est à l’amour du luxe que nous devons de contempler avec orgueil toutes les belles inventions : la machine à vapeur, la télégraphie sans fil, la téléphonie cellulaire, la navigation aérienne et sous-marine, l’internet, l’une des prouesses de la technologie moderne, etc., qui font aujourd’hui la gloire de l’humanité.
Kern E. JEAN-FRANCOIS
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