Dix jours après la démission de Jocelerme Privert comme sénateur et président du Grand corps, pour occuper la magistrature suprême de l’Etat, le Sénat ne parvient toujours pas à combler le vide de la présidence pour faciliter l’installation d’un gouvernement. Le président provisoire ne peut consulter les présidents des deux chambres, conformément à la Constitution, étant donné que cette vacance perdure à la présidence du Grand corps. En janvier dernier, 15 sénateurs sur 24 avaient constitué une majorité pour élire Jocelerme Privert au timon des affaires de la Chambre haute. Aujourd’hui, la réalité n’est plus ce qu’elle était, car ce groupe conduit par Ronald Larêche ne dispose en son sein que de 11 sénateurs. Le groupe minoritaire, conduit par le sénateur Youri Latortue, ne contient que 10 membres, mais refuse d’accepter l’autorité du vice-président Ronald Larêche pour diriger une séance à la Chambre haute sur constat de la vacance présidentielle au Sénat. Ce groupe minoritaire, mais indispensable pour qu’il y ait quorum, plaide en faveur de la présence du doyen d’âge pour diriger la séance de l’élection à la présidence de la Chambre haute. Entre-temps, deux autres sénateurs observent l’évolution des deux groupes avant de se positionner.
Cette méfiance des deux groupes qui veulent diriger la Chambre haute est à la base du retard observé dans le choix officiel du Premier ministre par le président provisoire. Pendant combien de temps ces deux groupes vont-ils continuer à bloquer le fonctionnement du Sénat ?
Tenant compte des conditions dans lesquelles nombre de ces parlementaires ont été élus, ils n’auraient jamais dû envoyer ce signal qui constitue le premier blocage de l’application de l’accord conclu entre l’ex-président Michel Martelly et les titulaires des deux chambres. En agissant ainsi, ils veulent faire croire qu’ils ne seront pas différents de leurs prédécesseurs qui avaient enregistré le plus maigre bilan depuis le départ des Duvalier. Une dizaine de lois votées pendant une législature de quarante-quatre mois.
Contrairement à l’interprétation de certains analystes politiques, la crise qui sévit au Sénat pour le contrôle de la présidence ne saurait constituer une action programmée pour faire passer le temps. Il s’agit, selon toute vraisemblance, d’une réalité habituelle au sein des assemblées législatives haïtiennes. La bande à Ronald Larêche craint qu’une alliance des deux sénateurs dissidents ne favorise l’élection de Youri Latortue à la présidence du Grand corps. Si un tel cas de figure se produit, le parti Ayiti an Action, minoritaire dans les deux chambres, obtiendra la présidence au Sénat et à la Chambre des députés. Cette probabilité, pour le moins troublante, constitue un véritable casse-tête pour la plupart des sénateurs proches du président provisoire. Cette mésaventure est susceptible de mettre de l’eau au moulin des partis politiques et des organisations de la société civile qui refusent d’accepter la légitimité des parlementaires issus des élections du 9 août et du 25 octobre 2015.
Le président Jocelerme Privert peut-il utiliser son influence pour trouver une entente entre les deux groupes de sénateurs ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.