Les deux blocs antagoniques au Sénat de la République, qui revendiquent chacun la présidence du Grand Corps, pourraient trouver une entente cette semaine, afin de parvenir à l’approbation de la politique générale du Premier ministre Fritz Jean. La lutte pour le contrôle du bureau du Sénat est reléguée au second plan pour ne pas compromettre le pouvoir du président Jocelerme Privert qu’ils ont eux-mêmes porté sur les fonts baptismaux. Les discussions engagées par les chefs de file de ces deux groupes ont été houleuses, mais ils ont compris la nécessité de ne pas fragiliser la situation des parlementaires élus les 9 août et 25 octobre 2015 qui ne jouissent pas encore de la plénitude de leur légitimité. L’application des recommandations de la Commission d’évaluation sur la véracité des élections de 2015 demeure jusqu’à présent une option sur la reprise des élections générales dans le pays. Plus les blocs politiques au Parlement radicalisent leur position, plus ils donnent l’occasion aux partis politiques et aux organisations de la société civile de contester la légitimité de leur élection.
En chambre séparée, le Premier ministre Fritz Jean doit convaincre les parlementaires sur sa déclaration de politique générale pour obtenir 60 voix à la Chambre des députés qui représentent la majorité du corps; et au Sénat 16 voix sur les 23 sénateurs en poste. Un exercice difficile, compliqué, mais indispensable pour conquérir la Primature. Depuis hier, le Premier ministre a franchi un pas de géant en publiant la liste de quinze ministres de son prochain gouvernement. Il attend l’invitation de l’une des deux chambres qui aura vérifié en premier son éligibilité pour aller faire cet exercice qui requiert concentration, détermination et volonté pour assurer la direction du gouvernement dans cette conjoncture controversée. Cette étape unique devant les deux chambres est une exigence de la Constitution amendée qui enlève le calvaire de la ratification du choix du Premier ministre devant les deux chambres. Contrairement au gouvernement de Evans Paul qui comportait une quarantaine de membres, Fritz Jean a compris la nécessité de réduire la taille de son gouvernement dans cette conjoncture économique difficile.
Il est un fait que tous les partis politiques représentés au Parlement ne sauraient être présents sur cette liste des membres du gouvernement de Firtz-Alphonse Jean rendue publique lundi soir. De l’avis de certains proches du gouvernement, des partis politiques refusent d’intégrer la nouvelle équipe, tandis que d’autres acceptent de faire la route avec l’administration Privert-Jean. De concert avec le Premier ministre, après l’étape indispensable de l’approbation des deux chambres sur sa politique générale, le président devra mettre l’emphase sur les trois axes de la réalisation de ses objectifs pour les 120 jours, à savoir : «le renforcement de la sécurité intérieure par la refondation des liens sociaux et le dialogue permanent ; le rétablissement de l’Etat de droit et la consolidation des institutions républicaines ; la poursuite du processus électoral ». C’est en ces termes que Jocelerme Privert, au Palais national lors de son installation le 14 mai, avait pris l’engagement solennel.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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