Ce lundi 7 mars, le président Privert entame sa quatrième semaine à la tête de l'exécutif. Le réalisme affiché par le chef de l’État vient de triompher sur la passion et le non-sens. En effet, la lettre du 1er mars du secrétaire général à la présidence adressé à son homologue de la Primature, invitant les ministres à reprendre leur poste, est un très bon signe.
En fait, nous étions au bord d'un blocage complet de la machine de l’État, avec ses conséquences. Les ministres du gouvernement sortant d'Évans Paul, n'étant pas démissionnaires, se devaient de continuer à gérer les affaires de l’État. Cependant l'expérience des trente dernières années, et les comportements et discours fiévreux des dernières semaines leur ont donné un signal clair de ce qui pourra bien se produire, comme à l'accoutumée.
C'est ce qui probablement explique et justifie, à mes yeux et aux yeux de tous ceux-là qui veulent rester honnêtes avec eux-mêmes, l'absence des ministres du gouvernement Paul de leur poste après l'investiture le 26 février d'un Premier ministre. Qui aurait empêché à ces 'revenants' après trois ans de répétition assidue sur le béton, d'assaillir les ministères, et même de perpétrer des attaques physiques sur la personne de ces responsables de l’État (Nous avons eu un avant-goût d'ailleurs, avec la tentative avortée à l'encontre de la ministre du Tourisme le 6 février 2016 au Champ de Mars).
On se rappelle que, à la toute fin de janvier, certains grands ténors de l'opposition plurielle ont, sur les ondes de stations de radio, sans voiler leurs mots, annoncé, supporté et justifié les actes de violence.
Un autre élément à apprécier en ce qui a trait à l'absence du gouvernement sortant de Paul lors de l'investiture en grande pompe d'un Premier ministre le 26 février, on remarquera que la bénédiction de l'internationale a été hautement appréciée dans cette circonstance, par le groupe qui s'en jugeait bénéficiaire, ce jour-là au moins.
Que dit l'accord en effet?
1. « ...De la part du président…. : Entrer en consultation avec les présidents des 2 Chambres autour du choix d'un PM à désigner.. »
2. « De la part du Parlement : confirmer l'éligibilité du PM de consensus désigné »
3. « De la part du Parlement : Inviter le PM accompagné des membres de son gouvernement à se présenter par-devant les 2 Chambres en séance plénière afin de recevoir le vote de confiance de sa déclaration de politique générale. Une fois le vote de confiance obtenu, le PM est immédiatement installé dans ses fonctions. »
Vu l'ambiance régnante et l'application arbitraire de l'accord, nous comprenons fort bien la décision des ministres du gouvernement Paul de vider les lieux en vue de se soustraire à toute autre action d'éclat arbitraire et imprévisible, victoire oblige, après l'investiture du PM Fritz Jean. Que l'on cesse de bafouer notre intelligence en essayant de prétendre en toute impudence qu'une investiture n'est pas une installation.
Le fond de la question est simple et est ailleurs. Le PM 'de consensus' Fritz Jean devait obtenir l'adoption de sa politique générale par les 2 Chambres avant d'être investi/installé. Ne cherchons point d'entourloupe. Heureusement que le président Privert a rapidement redressé la situation en fin de journée le mardi 1er mars. Ce réalisme devrait continuer à lui servir de guide et de boussole durant les quelque 70 jours qu'il lui reste à la présidence.
La diligence mise en place par le président, dès le 16 février, en sollicitant des organisations concernées la soumission des noms de leurs représentants au CEP, a donné le ton. Il doit rester sur sa lancée, car la remise en branle du processus électoral interrompu momentanément, ne requiert pas préalablement, en aucun cas, la prise en charge de la Primature par un autre gouvernement. Le gouvernement sortant d'Évans Paul doit pouvoir supporter la logistique de la tâche prioritaire confiée par l'accord du 6 février.
Dans l'intervalle, le palais national semble être pris en charge essentiellement par l'organisation politique Vérité. C'est du moins ce qui est perçu. Le coup est risqué, mais Vérité veut probablement, d'un côté, éviter un plus grand risque, celui de voir son éventuel prochain candidat à la présidence évincé par des procédés grossièrement malhonnêtes, tel fut le cas avec Jacky Lumarque, et, de l'autre, tenter de contenir l'appétit gargantuesque de Lavalas (voir le rapport de l'UCREF), cette dernière justement ne cesse de se lamenter d'avoir été sevrée de son pouvoir depuis dix longues années.
L'assaut de la Primature, quant à lui, semble bien être lancé, et Fanmi Lavalas est en position avancée. Mais faisons attention au hors-jeu. L'opposition 'plurielle' contre Michel Martelly, agglutinée autour du MOPOD - dont l'UNITÉ s'est séparée au début de janvier 2014, et dont l'OPL n'a jamais fait partie, se retrouve aujourd'hui à la remorque de Fanmi Lavalas dans la ruée de cette dernière vers la Primature.
Nous sommes à 50 jours du 24 avril, la date programmée par l'Accord pour le second tour des élections. Heureusement que le Président nous a rassurés, voilà 3 jours, que l'arrêté de nomination des membres du CEP sera promulgué incessamment. Nous sommes bel et bien dans le temps. Le président Privert peut encore tenir son pari.
Les enjeux peuvent paraître complexes, et nous avons un choix devant nous :
Procéder selon les termes et prescrits de l'accord. Ainsi, les forces politiques et sociales supporteront chacun le candidat de leur choix par le jeu de compromis et/ou d'alliance de compromis, on pourrait avoir un quinquennat dans la sérénité et la stabilité. Les cinq années de la présidence de Jude ou de Jovenel permettront aux partis politiques de se réévaluer, de se renforcer au niveau organisationnel.
Bien sûr, il y a face à ce choix l'alternative, rêvée par certains, qu'un consensus entre coquins et 'bluffeurs' réussisse à déboulonner l'accord. Jude Celestin et Jovenel Moise, en premier, seront éliminés sur l'autel des intérêts du "consensus". Alors on s'enfonce dans une transition et nous nous inscrivons dans l'incertitude et l’instabilité, car ce format de consensus ne pourra nullement nous épargner les calamités de cette société en déliquescence.
Au bout du rouleau, à la prochaine présidentielle, le sprint débutera avec150 candidats, les partis politiques seront encore plus fragilisés à la fin de ladite période, et l'argent de la drogue régnera en maître tant sur les partis politiques que sur les institutions de pouvoir de l’État
Ce sont là mes craintes et appréhensions. J'appelle les forces politiques et sociales du pays à conjuguer positivement leurs forces afin d'aider et même de porter le président de la République à tenir les engagements qu'il a pris devant la nation et la communauté internationale, et à respecter scrupuleusement l'accord du 6 février dans les délais et termes impartis par cet accord.
Rony Mondestin
Le 7 mars 2016
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.