En quête des soins de santé pour mes 2 enfants, je m’étais rendu à Port-au-Prince avec eux le mercredi 6 janvier 2016.Sur le chemin de retour, le dimanche 10 janvier 2016, date de mon anniversaire de naissance, nous avons failli être victimes coup sur coup de 2 accidents de voiture. Tout allait bien quand brusquement, à l’entrée de la rivière Glace, le minibus qui nous transportait se mettait rageusement à s’agiter, à trotter, à « piaffer » et à « pomper » à l’instar d’un âne en furie. On avait l’impression que le minibus faisait face à un violent et terrible cahotement comme au temps où la route était parsemée de grosses pierres et de trous çà et là. Le chauffeur le stoppait après quelques secondes. De quoi s’agissait-il ? Le bloc de ressort vient d’être disloqué et éparpillé un peu partout. Rapidement on se demandait comment serait cette situation à l’époque où la route était rocailleuse, cahoteuse, trouée et parfois boueuse et glissante. Embarqués cette fois-ci dans un grand autobus qui passait au hasard à 30% rempli et quand on était sur le point de quitter Beaumont, là où la compagnie ESTRELLA parque ses engins, le pire a failli se produire. Une bascule bleue venant de la gauche frappait tout à coup bruyamment et violemment le bus. Et depuis lors, c’était une descente rapide, affolée, désordonnée et incontrôlée sur ce monticule. Tous les passagers voyaient comme dans un éclair de tonnerre la mort en face. Grâce au Très-Haut d’abord et grâce au flegme et à la dextérité du chauffeur, le bus s’arrêtait dans le bas-fond. Par la suite, on constatait que la barre de direction du bus était cassée et tombée par la terre. À Beaumont, chacun s’était débrouillé pour rentrer ici à Jérémie. Mais, en dépit de tout ce traumatisme, le lendemain 11 janvier 2016, je m’étais rendu au lycée de Jeunes Filles à 7h pour dispenser mon premier cours de la journée. Après avoir salué la directrice sur la cour de l’établissement, madame Emelyne Lagrenade Raphaël, après les échanges de souhait du nouvel An, elle m’a appris une nouvelle très déconcertante et très déroutante, c’est la mort d’un colosse dans l’enseignement à Jérémie : Me Jean-Ricot Louis. Mais en dépit de ce grand trouble, je n’étais pas trop surpris dans la mesure où je savais qu’il était souffrant depuis quelque temps. D’autant plus, un jour, après l’avoir visité à la fin du mois de novembre 2015, il m’avait dit que sa chance est extrêmement minime et que c’est Dieu seul qui puisse intervenir en sa faveur. À mentionner aussi que le samedi 9 janvier, la veille de mon déplacement à destination de Jérémie, brusquement toutes mes pensées se mettaient à converger vers lui. Immédiatement, cette idée me venait à l’esprit : « S’il ne se passait pas quelque chose, il va se passer quelque chose. » Donc, à l’annonce de cette nouvelle, j’étais très triste, très pensif mais pas surpris. Mais quand la directrice réunissait le corps professoral pour planifier ses obsèques, je parlais peu tout en me demandant ce que je peux faire de bon et de concret pour saluer la mémoire de ce cher collègue disparu. Après cette réunion au lycée de Jeunes Filles, je m’étais déplacé à destination du Collège des professeurs réunis (CPR) sis à Bordes pour pouvoir travailler. Et c’est là que je prenais la décision d’évoquer les prouesses de cet homme le jour de ses funérailles. Mais le pasteur célébrant, un ancien condisciple de nous deux à l’ESCDROJ, ne l’entendait pas de cette oreille et évoquait toutes sortes de prétextes qui ne se justifiaient pas par la suite. Mais laisser partir Me Louis, alias Tico, sans dire un mot à son honneur me rongerait toute ma vie et me bouleverserait pour toujours. C’est pourquoi je fais de tout mon mieux pour emprunter l’organe du plus grand et du plus ancien quotidien du pays, Le Nouvelliste, dont je suis un fidèle abonné depuis 1996 (20 ans) pour publier in extenso l’allocution qui a été préparée en cette circonstance. Qu’il plaise à la rédaction de ce quotidien national de bien vouloir la publier ! Révérends pasteurs, célébrant principal et cocélébrants, Messieurs les directeurs département aux (principal et adjoint), Messieurs les inspecteurs, Madame la directrice du Lycée de Jeune Filles, Chers collègues enseignants, Chers parents éplorés, Chers amis éprouvés par ce deuil, J’aurais le plus grand regret et le plus grand remords de toute ma vie si toutefois je laissais passer ce jour exceptionnel sans dire un mot à l’égard de mon ex-condisciple et de mon ex-collaborateur au lycée de Jeunes Filles qui vient de quitter notre planète pour une autre destination. Il s’agit de Me Jean Ricot Louis dont la masse corporelle est à présent inerte et inanimée. En effet, j’ai eu le privilège de lier connaissance avec ce grand homme et ce génie humble et silencieux en octobre 1995 à l’École supérieure catholique de droit de Jérémie (ESDROJ) quand celle-ci avait ouvert ses portes sous la diligence et l’initiative de l’évêque émérite du diocèse de Jérémie, en l’occurrence Mgr Willy Romélus et du doyen de cette école, le RP Jomanas Eustache. Comme je viens de le dire, Me Ricot Louis a été un étudiant très silencieux, très réservé mais très attentif, très assidu, très studieux, très laborieux et très intelligent. Il était toujours parmi les étudiants qui obtenaient les meilleures notes pendant nos 4 années d’études juridiques. C’est la raison pour laquelle, sans aucune surprise, il a été ovationné et chaudement applaudi à la cathédrale St-Louis de Jérémie comme étant le 2e lauréat de la 1re promotion de l’ESCDROJ (1995-1999), promotion baptisée Antoine Rigal. Par ailleurs, quelques années plus tard, après son immense succès à l’ESCDROJ, je l’avais retrouvé comme censeur au lycée de Jeunes Files de Jérémie où il a passé le plus clair de son temps. Comme censeur, il a été un modèle hors pair, un collaborateur à nul autre pareil et un responsable d’une grande droiture et d’une rectitude impeccable. Très régulier et très ponctuel, il a été toujours là sur une chaise derrière un bureau devant le censorat pour accueillir tout le corps professoral de 7h du matin à 13h et même au-delà de cette heure, pendant qu’il remplissait aussi les attributions de sa fonction. Aussitôt qu’on puisse se rendre à l’école pour aller dispenser les premiers heures de la matinée, ah ! On est toujours devancé par lui. Il est toujours là avant tout le monde. Bien souvent,moi-même personnellement, je me demandais à quelle heure il se déplaçait pour aller travailler. Donc, en matière de ponctualité, je m’arroge le droit de dire sans aucune réticence que, dans la Grand ’Anse, Me Jean-Ricot Louis défiait à outrance toute concurrence. Et ensuite, il n’avait pas que ses qualités à son actif. Il avait toujours fait montre d’une grande collaboration et d’une grande compréhension envers tous ses collègues de travail. Lorsqu’on est pressuré par une heure au lycée, il suffit de lui dire : « Tico, surnom qu’il doit a l’ESDROJ, que peux-tu faire pour ton ami pour agencer cette heure l’année prochaine ? Comme réponse, il disait toujours: « Veuille me le rappeler à la fin de l’année en cours et surtout au moment où je vais élaborer le prochain horaire.» J’avais aussi l’habitude de le voir à l’œuvre en train de recevoir gentiment et sagement les doléances de ses élèves. Et en tant qu’un bon père de famille, il n’en restait jamais indifférent. Moi, je n’ai pas d’épithètes pour qualifier cet homme jouant simultanément les rôles de professeur, censeur, encadreur et parent. Voilà en gros, chers amis, le type d’homme que le spectre des spectres, le monstre des monstres appelé mort vient de terrasser sauvagement sur son passage le dimanche 10 janvier 2016 sans se soucier de ses dégâts dévastateurs et destructeurs. Et chose plus irritante et plus provocatrice, cet être cruel et inexorable reste cyniquement à nous regarder comme si de rien n’était, comme si il n’avait rien fait de mal et d’horrible. Oui, chers amis, notre valeureux confrère vient d’être fauché par la camarde, ce robot qui est là seulement pour faire pleurer l’humanité. La camarde ou encore la mort est comme une jument sans frontières qui exerce autoritairement son galop sur n’importe quel territoire de la surface du globe. Par conséquent, comme tous les 7 milliards d’êtres humains actuellement sur terre seront appelés tôt ou tard à connaître sa poigne, alors je te dis cher ami : « Courage et bon voyage ! » N’oublie pas de saluer pour moi les autres confrères qui t’ont précédé sur cette voie comme Me Richard Ronald Dorismond, Me Emile Vital, Me Lucien Dominique alias « To »... Que tu sois toujours là-haut ! En compagnie du Très-Haut ! Merci Ton ex-condisciple et ton ex-collaborateur : Pierre Exode Louis