Michel Martelly a quitté le palais national le 7 février, Jocelerme Privert y a pris ses quartiers sept jours plus tard. Nos problèmes n’ont pas fait de l'auto-stop pour aller voir ailleurs. Ils sont là, ont même empiré. Les bandits tuent des policiers et des gens ordinaires revenant de la banque. Les kidnappeurs, affreux parmi les affreux, reprennent du service.
Le pouvoir d’achat des ménages n’en finit pas de fondre au soleil de l’inflation galopante, de la décote de la gourde. Il n’y a pas de miracle quand l’économie ne produit pas, quand l’État, atteint de boulimie en termes de déficit budgétaire, ne vit que d’une toute petite assiette fiscale. Le pays des Thomas reste imperméable aux conseils, aux recommandations de faire du cash management, de vivre avec ses ressources, de « kwoke djakout ou kote ponyèt ou ka rive ».
La morosité, les chiffres qui racontent la vie d’une économie plombée, en contraction, continueront à être notre actualité. Les moins sceptiques tablent sur une petite éclaircie, au milieu de 2017, si nos chefs s’inventent un zeste d’intelligence, changent de direction en reconnaissant l’évidence : les explosions de violence redoutées le 7 février 2016 sont seulement différées. En colère, le peuple a surtout faim.
Entre-temps, les initiés, capables de montrer la responsabilité du clan Tèt Kale dans ce désastre économique accentué, ne sont pas nombreux. Michel Martelly, sorti par la petite porte, peut très vite devenir, pour beaucoup d’entre nous, ce héros incompris, confronté à la mauvaise foi de ses opposants en mal de pouvoir. C’est aussi ça l’histoire du cycle politique d’ici, quand l’échec impose l’illusion de faire du neuf avec du vieux, de l’avarié. Le cigare d’une transition délicate que Martelly a allumé dans les deux bouts brûle encore.
Mais des petites lignes ont bougé cette semaine. Rien n’est encore sûr quant au contrôle prochain des manettes du pouvoir par Fritz-Alphonse Jean et son gouvernement.
Par rapport au président Privert, la période de grâce s’épuise. Des parlementaires le poussent dans les cordes. Il est président. Il a donné. Il n’a pas tout à donner. Il y a tant de goinfres autour de la table du pouvoir, tant de « grands mangeurs ». Le madré, fin stratège qu’est Privert, devra savoir que le temps n’est pas son allié.
Mercredi, les ambassadeurs du Core Group, qui se sont rendus au palais, ne sablaient pas le champagne. Les expressions de bienveillance, avec la politesse de rigueur, ont fait place aux petites phrases pleines d’inquiétudes, de mise en garde qu’il faut savoir décrypter. Le Core Group reste accroché à l’accord, à son implémentation. Il a même été question, à en croire le Miami Herald, d’expression de préoccupations que le travail de la commission de vérification électorale ne fasse déborder du cadre les 120 jours de l’accord.
Le Core Group, dans un message, publié après la rencontre avec Privert, a indiqué être confiant que les politiques agiront dans l’intérêt d’Haïti et du peuple en trouvant un consensus. Au Miami Herald, Kenneth H. Merten, responsable du dossier Haïti au Département d'État, dit s’attendre à ce que la date pour réaliser les élections prévues dans l’accord soit respectée. Lui aussi, il laisse transpirer ses préoccupations par rapport à la vérification des élections. Ce n’est pas aux USA de déterminer quel type de vérification à faire. La décision appartient aux Haïtiens, confrontés actuellement à beaucoup d’autres problèmes, a indiqué le diplomate. Plus tranchant, il souligne que « ce genre de chamaillerie a un coût. Cela a un coût pour le peuple haïtien, pour Haïti et pour la réputation d’Haïti », a lâché Kenneth Merten.
En pointillé, quelque chose se dessine. Au terme des 120 jours, s’il n’y a pas d’élection et aucune avancée significative, la communauté internationale continuera, fort probablement, à encourager le compromis entre les acteurs politiques. Si, au Parlement, un consensus est trouvé pour remplacer Privert, sans états d’âme, comme ils l’ont fait avant, les diplomates appuieront le successeur de Privert. Pour que personne ne prétexte ignorance, ces diplomates rappelleront, à coup sûr, que l’assistance financière déjà maigre à Haïti est sur glace. Des fonds ne pourront être débloqués qu’en cas de catastrophe naturelle. La vérité de nos mensonges, de nos luttes pour le pouvoir est connue. Bien faire est la seule surprise que nos politiques pourraient faire au pays, aux partenaires internationaux…
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