Aujourd'hui 14 mars, le président Privert a bouclé son premier mois à la tête du pays. Il a à accomplir un mandat précis, concis et clair mais qui n'est pas un corset. Ce 14 mars nous ramène à l'esprit un autre 14 mars, 26 ans de cela. Lorsqu'une dame a été placée à la tête du pays le 14 mars 1990. Avec un sens de l'honneur et du respect de l'engagement pris, elle a pu réaliser les élections dans le temps qui lui a été imparti et a passé l'écharpe au président élu d'alors, le 7 février 1991. L'ignominie du sort qui lui fut réservé reste gravé dans les annales des actions veules de l'histoire haïtienne. L'inutile et abject traitement fait au Premier ministre Paul la semaine dernière relève d'une pathologie propre à notre faune politique et caractérielle d'une certaine pensée et forme d'organisation de notre arène socio-politique dont la petitesse d'esprit n'est plus à démontrer. Malheureusement, ceci illustre amèrement le calibre d'hommes auxquels la destinée de cette nation se retrouve livrée . Le président Privert a parlé à la nation ce dimanche 13. C'est une intervention importante qui nous permet de déceler certaines des orientations du président, ceci à partir d'une déclaration de son intervention : le gouvernement a à se colleter aux graves problèmes sociaux et économiques légués par son prédécesseur. Disons le en passant, nos gouvernements sont maîtres dans l'art de recevoir l'un de l'autre 'les problèmes sociaux et économiques, la gabegie administrative et les caisses vides... Cette semaine est cruciale Le Premier ministre nommé verra sa déclaration de politique générale sanctionnée positivement par les deux chambres, c'est ma conviction profonde. Cependant je ne peux cacher ma perplexité, car le second point fort de l'adresse à la nation du président peut m'opposer un démenti cuisant, car il laisse transpirer une volonté de pousser des racines et même de « donen ». La graine de la semence a été jetée aujourd'hui au Cap-Haïtien par Kelly Bastien, candidat au Sénat. Alors je ne suis plus aussi rassuré, comme j'aurais dû l'être, de l'adoption de la déclaration de politique générale du Premier ministre nommé. Le président déclare que pour faire les élections il lui faut un gouvernement en vue de sortir l'arrêté nommant les membres du CEP. Donc s'il n'y a pas de gouvernement (Fritz Jean) il n'y aura pas de CEP. Donc pas d'élection. Une ouverture pour le président Privert de pousser des racines... malgré lui! Autre scénario, l'arrêté de nomination des membres du CEP est promulgué. Mais ce CEP aura quelle mission? Réaliser le second tour de la présidentielle et des locales le 24 avril? Les propos tenus par le président dans son intervention dimanche dernier semblent cependant lui fixer un tout autre calendrier à ce CEP. En déclarant, nous le citons : «... à cause des graves problèmes sociaux et économiques, de l'insécurité, de la sécheresse, de la faiblesse de la production nationale, de l'état des finances… tenir des élections cette année est une GAGEURE ». Donc ce CEP est en partant 'sous ordres'. Son cadre d'actions est fixé. D'abord, à grand renfort médiatique le CEP va être dûment crédibilisé aux yeux de l'opinion publique par le patriotisme, l'intégrité, le sens du devoir et des responsabilités de ses membres. Ainsi bien vendu aux citoyens, ce CEP pourra assumer «en toute indépendance» l'exécution du dilatoire. Car le président Privert ayant remanié, unilatéralement, son agenda dans l'Accord, il a besoin de temps, et de beaucoup de temps, car il lui revient apparemment de résoudre les graves problèmes socio-économiques du pays, l'insécurité, la faiblesse de la production nationale, le relèvement des finances... conditions nécessaires pour la tenue «d'élections crédibles et sincères». C'est du déjà-vu et du constamment vu en Haïti. Mme Ertha Trouillot est la seule à avoir fait défaut à cette règle de l'obsession du pouvoir. Il est important en ce 14 mars de se le rappeler, 26 ans plus tard, tout spécialement dans la conjoncture actuelle. Doit-on rappeler au président Privert que son engagement public est non seulement politique mais aussi moral? Car la déliquescence morale qui gangrène notre société doit aussi être traitée à partir de la tête aussi, le premier citoyen de la nation. Cette tâche de régénérescence de notre société n'incombe pas seulement aux familles, aux hommes d'église, aux éducateurs et aux organisations civiles et civiques. Les hommes politiques sont en grande partie responsables de cette déliquescence sociale. Il revient d'abord à eux de poser des actions d'honneur et de respect de la parole donnée. Et le président de la République devrait être le premier à le faire. Autrement qui osera critiquer, juger et réprimer ? : • le magistrat ayant commis des fautes graves dans l'exercice de ses fonctions; • l'élève trichant à un examen; • le policier commettant des abus de pouvoir; • l'homme d'Église pratiquant des détournements de mineurs; • le conducteur violant les lois de la circulation; • le citoyen qui détruit un patrimoine national... Qui osera critiquer, juger et réprimer ces actes délinquants, quand le premier des magistrats lui-même non seulement ne respecte pas ses engagements et sa parole mais crée les conditions pour faire perdurer l'instabilité? Rony Mondestin 14 mars 2016