Hancy PIERRE
Les élections prévues le 15 mai 2016 en République dominicaine se présentent comme le signe d’une vitalité politique au regard du respect du principe de l’alternance démocratique dans le renouvellement régulier des élites politiques. Il est à noter que ce processus tend à devenir monotone quant au mode de renouvellement et à l’exercice d’une démocratie restreinte limitée à des pactes politiques. De là le système partisan ne serait pas déterminant, sinon la capacité de garantir un équilibre politique même instable.
Ainsi, les grandes formations se définissent de nouvelles passerelles pour se situer dans la logique du réélectionnisme. Aussi les héritiers se mêlent-ils de la partie pour contourner des principes démocratiques. La question de la parenté se réintroduit au fur et à mesure dans le politique quand des alliances familiales se sont substituées aux formes modernes de démocratie. Dans les meilleurs scénarios existants, le Dr Leonel Fernandez, à défaut de sa candidature à sa troisième réélection, glisse la carte de la vice-présidence de sa femme Margarita Cedeno de Fernandez à côté de Danilo Medina , lui, candidat, à sa propre succession, et l’agronome Hipolito Mejia, celle de sa fille Carolina Mejia. Entre-temps, on constate des faits inédits dans l’histoire électorale dominicaine comme l’alliance entre le Partido Revolucionario Dominicano (PRD) associé au Dr Pena Gomez et le Partido de Liberaciòn Dominicana (PLD), au professeur Juan Bosch tandis que le Partido Revolucionario Moderno (PRM), une dissidence du PRD à laquelle appartient l’agronome Mejia , rejoint le Partido Reformista Social Cristiano (PRSC) du feu Dr Joaquin Balaguer.
La conjoncture actuelle est la résultante d’un consensus mécanique qui aurait été dicté par les menaces représentées par la révolution d’avril 1965 à l’encontre des groupes et élites dominants. Dans ce contexte, pour aplanir les intérêts en jeu, s'installa un État de type bonapartiste en la personne du Dr Balaguer qui est en agonie en raison du terrorisme exercé et les fraudes électorales qui ont coûté son impopularité malgré des efforts d'ouverture et de cooptation des masses. L'épisode qui a mis fin à la conjoncture d'ouverture s'est annoncée en la tentative d'un coup d'État lors des résultats des élections de 1978. Ainsi l'espace politique de participation se trouve -t-il très restreint. Des secteurs de l'establishment s'interposent dans ce processus au moyen de pactes politiques. Les manifestations populaires ont dicté l'appui du capital et des représentants nord-américains en faveur du respect des élections et de la volonté populaire. Même restreint ce contexte politique donne lieu à des mutations politiques .
Il est un fait que la personnalisation des partis a largement caractérisé le paysage politique en République dominicaine . Marqué par une longue tradition caudilliste, la rupture survenue à la chute de Trujillo (1961) ne fut que cosmétique, due au roll back provoqué en septembre 1963 contre le président démocratiquement élu, le professeur Juan Bosch. La tenue des élections depuis lors tient lieu de façade démocratique ou de paravent, car l’alternance politique est souvent entachée d’opérations frauduleuses dans les processus électoraux, notamment en 1978,1990 et 1994 assimilés à des scandales inqualifiables. L’hégémonie de deux grandes formations politiques a été indéniable de 1966 à 1982. Le Parti réformiste (PR), puis PRSC, soit Parti réformiste social chrétien, et le Parti révolutionnaire dominicain (PRD). Néanmoins, l’ascension du Parti de Libération nationale (PLD), une branche dissidente du PRD à partir de 1973 qui allait conquérir le pouvoir en 1996 sous la bénédiction du Dr Balaguer. Le congrès a fonctionné comme une marionnette entre les mains d'un président du style bonapartiste. Les tensions entre des fractions de la lignée du PRD, du PRI et du PLD ont alimenté cette posture au présidentialiste et l'existence d'un congrès obsolète.
Un tournant important s’était annoncé déjà avec l’émergence des mouvements sociaux et populaires. De nouveaux acteurs intercèdent sur l’échiquier politique mais sont frappés au fur et à mesure de grande désillusion, car il est loin d'admettre que la République dominicaine remplisse les conditions inhérentes à l'exercice de la démocratie (Justin Daniel,1996:153). La situation n’a pas évolué jusqu'à aujourd'hui; tout s’inscrit dans le cadre d'une démocratie par pactes qui contribue à faire effriter le système partisan. Les partis politiques sont devenus séniles, ayant recouru à la revalorisation du culte de la personnalité en lieu et place d'un leadership collectif. La démocratie en République dominicaine est-elle caractérisée par des mutations ou de la sénilité? En effet, la lutte contre la réélection, qui a réuni les intérêts des acteurs politiques, est volatilisée dans les élans de pouvoir personnel des uns et des autres .Tout s’est repris avec l'agronome Hipolito Mejia qui a voulu se forger une place à nouveau dans les élections de 2004. De nouveaux recadrages politiques ont causé des scissions au PRD, avec la formation du PRM, une branche dissidente après celle qui a donné lieu au Partido Revolucionario Institucional (PRI) présidé par feu le licenciado Jacobo Majluta .
De nos jours, le PLD aurait été menacé si le Dr Fernandez ne s’était pas voué à une compromission par laquelle sa femme devait postuler au poste de vice-présidente à côté du candidat à la présidence Danilo Medina. L’agronome Hipolito Mejia «Papà» a aussi propulsé sa fille comme vice-présidente de Miguel Vargas pour le Partido Revolucionario Moderno (PRM). Entre-temps, il y a lieu de repérer des passerelles et enchevêtrements politiques qu'on pourrait tenter d'assimiler à un «sancocho politico», «pwason kraze nan bouyon», n’en déplaise au peuple, ce pour le maintien du statu quo.
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